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  • A wonderful day - François DOMINIQUE

    wonderfulDAY.jpgEditions Le temps qu'il fait

    77 pages

    N° ISBN : 2-86853-388-4

    Oct 2003

    14 €

     

    Biobibliographie de François Dominique

    A wonderful day est paru aux éditions Le temps qu’il fait en octobre 2003. Ce livre de François Dominique est accompagné de photographies, noir et blanc, de Bernard Plossu. Elles résonnent de sujets suscitant désirs ou quêtes (jambes de femmes, tableau nu, une porte, une étoile dans une nuit) et montrent parfois des horizons scindés. Comme cette photographie sur la page de couverture laissant deviner comme une règle de topographe coupant verticalement un paysage. Le poète à sa manière est aussi topographe, il use des mots pour jauger les territoires de l’être.

    A wonderful day, littéralement une journée merveilleuse use de cet adjectif qualificatif qui pourrait être emprunté au Merveilleux, ce monde en marge de la réalité tangible. Merveilleux ? Que pourrions-nous bien qualifier de merveilleux dans notre société ? Tant et tant de choses à la fois auxquelles nous ne croirions pas vraiment, hormis peut-être les rêves des enfants qui nourrissent dans leurs songes les plus inconscients, leur bel avenir en devenir. Alors, A wonderful day serait possiblement ce nouveau jour à naître. Un jour inaugural qui porterait en lui une lumière révélatrice de toutes les promesses. Un horizon qui transformerait le jour à vivre en une quête pour la vie entière.

       / J’ai rêvé que le « Traité de l’iris » était à l’abri des regards depuis trois siècles, dans un mur, et que je le découvrais en plaçant devant mes yeux une manière de sextant composé de trois phrases : noir secret de la vue/par échange de rayons/la lumière est du temps/  

    Qui n’a jamais rêvé de percer un secret ? Que recèle l’œuvre ou les vies de Spinoza, Vick Muniz, Modigliani cités dans le livre et dont la nature interroge François Dominique ? Quel mystère, quel mutisme incantatoire les suscitent ? /« Can things be dust ? » Est-ce que les choses sont de poussière…/ Ce vers est peut-être ce qui porte le livre, cette question sous jacente qui poème après poème interroge le monde. La poésie en petites proses questionne, fourrage l’innocuité du blanc, là où l’œil n’y voit goutte :

    / Mais le poème approche, fouille la neige, tel un chien de montagne flairant sous l’avalanche un souffle enseveli./ 

    Ce que nous cache le monde, la poésie peut le révéler!

    Comme un surgissement de l’espérance et la réalisation de ce qui est implicitement promis dès l’enfance, cette journée merveilleuse se lèverait sur l’Autre dans une vraie rencontre qui ne décevrait - enfin !- aucune attente :

    /  La main se tend, une main attend, ne donne rien, ne reçoit pas, aucune main ne donne rien, aucune main prise, aucun don, les mains se ferment, nul ne les voit, nul ne les compte, le monde est vaste, les gestes vides,… /

    La poésie peut aussi éclairer cela. 

    L’homme serait-il individu fragmenté, traversé d’une fracture séparant l’enfant de l’adulte devenu ? Une brisure, qui dissocierait dans le même temps le postulat du rêve et sa réalisation. N’existe-t-il donc aucune possibilité de relier les rives de ces deux horizons ? Des isthmes invisibles pourtant les relient quand la poésie surprend le Poète dans le quotidien et conçoit cet œuf né du vent ou fait entendre cet accord de blues unique au monde, se jouant sur les cordes des sentiments intimes qui s’emmêlent, s’accordent et s’opposent dans le même temps. Alors la poésie peut révéler cela et raccorder le monde.

    / Voici le centre de la pensée /

    Cette phrase extraite d’une prose a surgie de la rencontre du regard et d’une scène saisie au cœur d’une forêt, sans que le poème alors ne se poursuive sur le blanc de la page. Parfois, la vie peut se suffire à elle-même lorsque la réalité comble l’entier du désir. La poésie nous dit aussi cela.

    J’entends A wonderful day comme la quête d’un état merveilleux où possédé de poésie, l’être, — Poète devenu — l’instant d’un instant, vibre en symbiose avec le réel en éprouvant un plaisir intense, une plénitude atteinte. Ce livre est une quête qui tente de circonscrire ces instants merveilleux.

    Le calepin du mendiant cité dans un poème est assurément le carnet dont le Poète est muni pour saisir ces éclairs soudains qui le submergent. Qu’y note-t-on ? Peut-être ces quelques mots extraits d’un poème :  / J’ai reconnu Robert et Clara Schumann… / Cette annotation est le fruit d’une anamorphose poétique. Alchimie complexe, œuvrant au sein de l’être à l’élaboration du poème. Entre le jaillissement de l’instant qui préside, l’élaboration poétique, l’écriture du poème d’une part et, le désir, le manque, la quête du pays perdu de l’enfance d’autre part, le livre balance sans cesse. À la recherche d’un territoire espéré, un monde où ne serions simplement — plus humains — et où l’esprit des lumières souhaitait nous conduire. À ce "rêve qu'on appelle nous" un vers de Tristan Tzara que François Dominique ne renierait pas.

     Hervé Martin