dimanche, 29 janvier 2012
le lierre la foudre
le lierre la foudre
Pascal BOULANGER
Éditions de Corlevour
juin 2011
C'est bien de notre époque et de son dépérissement dont il est question dans ce livre. Les poèmes de Le lierre la foudre sont parsemés de vers composé de citations d’écrivains, de poètes ou de philosophes qui appuient le propos du livre. Pascal Boulanger y réunit également des témoins, ou pouvant être considéré comme tels, que sont les nombreux dédicataires des poèmes. Époque, dont chacun s'entend à convenir qu'elle irait à sa perte ou pour le moins, que ses horizons sont sombres.
Face au sombre de ces horizons, Pascal Boulanger la questionne à l'aune de l'espérance portée par les évangiles et les paroles du Christ. Le poète s’inspire de la pensée de René Girard et de sa foi dans les valeurs chrétiennes. Une manière d’opposer à un nihilisme obstiné une vision humaine constructive. La lecture du livre dévoile un périple intérieur, prenant sa source au cœur d’une réflexion individuelle, et à l’issue duquel se profile l’éventualité de la destinée funeste de notre civilisation. D’une histoire intime à l’histoire de l’Homme. « Plus que jamais opposer la vie de chaque homme à la totalité hégélienne ». Plus que jamais, avec ce livre Pascal Boulanger est fidèle à lui-même.
L’espérance est-elle encore possible ? Quelles furent en réalité celles des hommes pour que notre civilisation en soit si mal en point ? Ce sont ces interrogations qui apparaissent en filigrane de ce livre. Elles s’opposent, de manière dérisoire, à ce désastre qui se profile à l’horizon et auquel nous ne pouvons opposer que notre impuissance. Seule la beauté semble sauvée de ce paysage nihiliste. Elle est aussi sans doute le seul recours pour lutter contre ce délitement. "Les oiseaux, les enfants, les fleurs ne sont que beaux / le royaume est ici mais nous n'en savons rien"
Car en fait tout est là, dissimulé dans la beauté simple des choses, pour notre joie mais nous ne le savons pas. À moins que cela ne suffise pas aux désirs de l’homme ? Alors, l’orgueil, la vanité humaine, seraient à la source de ce saccage.
Dans son for intérieur et une solitude qu'il ressent - seul le vent me soutient -, le poète poursuit un chemin pour lutter, à sa mesure, contre l'inévitable qui s’annonce. Mais que peut le poète face au délitement du monde ? Que peut la poésie ? Avec ce vers - Pourquoi m'as-tu abandonné - le poète prend acte de son renoncement reprenant les propos d'un Christ au moment de son dénuement dernier. Mais ici, le doute porte sur le rempart des valeurs que nos sociétés démocratiques et républicaines auraient érigées contre les barbaries, sans pour cela contenir la violence humaine. En vain, constate le poète quand l’homme de lettre qu’il est doute des valeurs qui fondent notre société. Après avoir fait allusion aux camps de concentration dans le poème Carnage, des vers, - terribles - témoignent ostensiblement de ce doute : « se détourner du siècle des Lumière qui, du haut des miradors, éclaire la nuit des camps ». Le lierre la foudre est un livre de doute qui dresse le bilan d’un désenchantement. Désenchantement de la vie ? De nos sociétés démocratiques ? De la promesse inféconde d’un Dieu ? Mais où sont donc passées les valeurs humaines, s’interroge Pascal Boulanger, constatant qu’aujourd’hui "Tout vaut tout". Le désir même n'est plus ! " plus de bien, plus de mal, plus de sacrifice, plus d'offrandes".
"on porte la marque d'une parole / & la grande douleur confuse / d'un abandon" On trouve peut-être dans ce vers l'énergie d'un désespoir qui anime l'écriture de ce livre. Né de la rupture, entre ce qui fut enseigné pour une société meilleure et le piètre état de nos sociétés d’aujourd’hui. Cette impossible fracture. Un incompréhensible constat de la déliquescence d'un monde que nul ne sait endiguer.
Le beau et fort poème "Petite suite d'Ordalies " me fait songer à un livre d'Yves Di Manno "un pré, chemin vers" où au sein de la tribu, des crimes étaient perpétrés dans des scènes insupportables. Avec ses mots sanctuaire, autel, couteau, sang, sacrifice… ce poème rassemble aussi en lui les signes d’une barbarie qui se perpétue dans des fêtes dionysiaques et meurtrières. Ces rites séculaires et guerriers des hommes. Mais dans le poème de Pascal Boulanger ces pratiques nous sont contemporaines. Les barbares viennent des banlieues, habitent des immeubles et
roulent en moto. Comment, lutter contre cette déliquescence amorcée de notre monde ? Pascal Boulanger avec ses mots, ses poèmes pose la question, suggère des hypothèses et tente dans l’écriture de contenir les méfaits de cette situation. C’est à partir de notre histoire chrétienne, - ce dieu qui a pris chair - et des espérances qui suivirent dans une queue de comète de 2000 ans, que Pascal Boulanger propose comme un état des lieux… Dès le premier poème du livre intitulé Sarah, il annonce la chute, chute d’une civilisation et avec elle la fin des espérances annonciatrices d’un monde meilleur. Notre monde se délite, désarmés nous l’observons et Pascal Boulanger constate que « ..le monde était plus triste encore / avant que christ ne souffle dessus » C’est un monde de désespérance que le poète esquisse, ayant perdu ses rêves et ses croyances. Mais Pascal Boulanger en stigmatisant ses travers nous invite à ne pas l’accepter tel et à nous insurger, même contre l’inévitable.
HM
08:20 Publié dans Notes de lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : boulanger pascal; poésie;corlevour
dimanche, 08 janvier 2012
ACTION POETIQUE avant-dernier ...
Au printemps prochain paraîtra le dernier numéro d’Action Poétique ! Il mettra fin à plus de 60 années d’édition d'une poésie provenant du monde entier. En bref, quelques noms extraits du sommaire de cet avant-dernier numéro : Vélimir Khlebnikov, Virgile, les surréalistes grecs, Jude Stéphan, Jean Daive, Oscarine Bosquet, Habib Tengour ou encore Françoise Biger que je suis heureux de saluer ici. Le dernier numéro intitulé « l’intégrale » présentera des poètes et écrivains membres des Comités de Rédaction des origines à aujourd’hui. Il comprendra également un DVD dans lequel tous les numéros d’Action Poétique, du premier au dernier, seront disponibles.
Je rappelle ici que Pascal Boulanger a écrit en 1998 Une Action Poétique de 1950 à aujourd'hui, disponible chez Flammarion.
HM
18:11 Publié dans Notes autres | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
jeudi, 22 décembre 2011
L’EAU – L’ALENTOUR – L’EAU
Christophe Lamiot Enos,
Éditions Passage D’Encres, Romainville,
coll. Trace(s),
110 pages,
15 euros.
PRÉCIEUX - TROP PEUT-ÊTRE
Dans ce qui se présente en sous-titre comme « journal de cinq journées en juillet vers et sur Sifnos », l’extrême précision descriptive et narrative transforme le réel en une sorte de forêt des signes propre à suggérer une sensorialité primale. Sous forme de poème d’amour, Lamiot-Enos tente aussi de transformer le monde dans sa trivialité positive :
« Je m’approche, de la boule, tant
Que, maintenant, mon regard sans faute
Si. Il s’agit de polystyrène
Échoué ici ».
Mais cette transformation ne va pas sans complaisance stylistique, sans afféterie. Elle fait par exemple de la mer une prêteuse de jupe froncée.
La préciosité est la marque du livre. Elle ne trouve pas toujours sa juste ligne. Et le poète hésite parfois jusque dans la composition des divers corpus et temps. Cela peut séduire. Mais agacer aussi. Une certaine subtilité complexe de la construction et des structures phrastiques ne semble pas forcément se justifier à tout coup. Pour une pépite, bien des formes précieuses presque ridicules.
Se voulant image complice et trace vive de l'émoi sur la piste de cinq journées élues, la poésie piétine. Ses sensations ont bien du mal à franchir le seuil d’un réel flamboiement. Ne voulant rien laisser en souffrance, elles n’arrivent que trop rarement à faire ressentir une connivence intime avec un intérieur habité. Sa disposition à la curiosité du sens de la vie passe en partie à côté.
On se doute que le poète veut faire ressentir de l’intériorité tout ce qui échappe habituellement au langage. Mais en devenant trop complexe le texte s’abîme. Et si on aime ce qui échappe au logos, les glissements de sens, la représentation qu’en propose l’artiste est d’une sidération surfaite. Elle devient pure spectacle pour le spectacle. Jeu pour le je. Bref, l’objectif du livre dévie de sa trajectoire. Au lieu de condensation surgit un aplatissement : le paysage devient une nature morte, le portrait de l’amour se dessine par défaut.
Il est bien de casser le confort de lecture. Mais ici la technique débouche sur une sorte de déferlement postiche. Et du postiche au pastiche il n’y a qu’un pas. Reste un écart immense de l’écriture au natif. La parole en voulant s’ériger se couche trop souvent. Elle est écran. Elle reste technique addictive. Trop dans le spectacle un tel texte demeure « littéraire » par son manque de matérialité. Le lecteur ne peut aller au-delà de certains effets. Il est privé d’errance. Le spectacle visuel de Lamiot-Enos en cherchant la subjectivité la plus juste possible tombe dans une exploration qui pour le lecteur demeure de l’ordre du fictif, de l’illusion.
Certes il faut saluer l’ambition de l’auteur. Mais sa méditation sent la vanité si bien que la vérité et la nécessité de livre se laissent trop rarement saisir. Au scandale possible succède un maniérisme. Le journal qui voudrait susciter une sorte de stupeur ne méduse que trop peu. Le livre demeure plus spectaculaire que fable humaine. Voulant inscrire la marge du monde, le bord des choses, quelque part entre solitude et liberté, il échoue dans une sorte de théâtralité. La détermination du foyer de l’expérience du livre semble résulter d’un choix plus stylistique que de la recherche d’un foyer vital qui refuserait toute neutralité au profit d'un engagement intime, essentiel, textuel… Même si c’est sans doute là l’ambition d’un poète qui n’a rien – malgré ce qu’on dit ici de son livre – de négligeable. Tant s’en faut.
JPGP
17:30 Publié dans Notes de lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : lamiot enos, passages d'encres
dimanche, 11 décembre 2011
POUR LE REALYRISME - ROLAND NADAUS
Pour le réalyrisme
Roland Nadaus
Éditions Corps Puce - juin 2011
Hésitant entre pamphlet et manifeste pour définir son texte écrit il y a 30 ans, Roland Nadaus emploie les deux formes qui se complètent dans le livre. Roland Nadaus se dresse d’abord ostensiblement contre les autocrates de la poésie et du verbe. Il s’érige contre des dictats qui imposeraient à la poésie des critères la réduisant à la seule textualité du langage et où elle ne serait traduite que par la forme et les valeurs intrinsèques de la lettre et du mot, niant de cette manière toute la sensibilité humaine. Le poète s’insurge contre cette vision exclusive d’une poésie réduite à la mécanique des mots au mépris de toutes autres diversités poétiques. Contestant ainsi Lautréamont, Roland Nadaus soutient que la poésie est amplement nourrie de la présence humaine par laquelle s’expriment le sensible et l’émotion des êtres.
Avec un sens aigu de la formule et maniant l’invention et le néologisme dans un esprit critique et satirique Roland Nadaus désigne avec véhémence ces autocrates de la poésie contre lesquels il s’inscrit et cite ici le poète Denis Roche qui proclama, non sans une certaine provocation, que « la poésie est inadmissible d’ailleurs elle n’existe pas ». Puis argumentant son propos, il rappelle la mue en 1971 de Robert Lhoro en Lionel Ray en supposant pour le regretter que cette métamorphose fût inspirée par l’époque du moment, ou encore, évoque le quotidien Le Monde qui éditait des articles sur des textes d’une poésie hermétique, en omettant de proposer dans ses colonnes les échos de la diversité poétique qui existait aussi. Dans le même esprit il cite les revues TXT et Tel Quel.
Puis, Roland Nadaus nous fait partager sa conception de la poésie. Elle pourrait se résumer dans cette citation d’André Breton en page 75 du livre « Je veux que l’on se taise lorsque l’on cesse de ressentir ». C’est ici que le pamphlet semble faire place au manifeste. Pour Roland Nadaus, le même Lionel Ray en 1981 avec Le corps obscur marque le passage d’une poésie axée sur la seule textualité du langage à celle qui englobe dès lors l’émotion et la parole humaine. Roland Nadaus la baptise réalyrisme. Construit avec les mots réalisme (le réel) et lyrisme (le chant, la passion) ce réalyrisme propose un territoire pour le poème qui ferait place à une poésie liée au réel et à l’émotion vraie, sans être abscons ou s’épancher dans un excès du sentiment. Pourquoi en effet faudrait-il que la poésie se situe ou d’un côté ou d’un autre ? Quand on sait que c’est de l’émotion que naît le poème ! Émotion née de la rencontre d’un être sensible avec le monde, un être immergé dans la vie et confronté à des situations et des faits qui fondent le socle de son réel. La poésie est difficile à définir mais on sait qu’elle naît de cette rencontre ! Celle d’un être unique avec le monde dont le poète est le singulier témoin. Avec les deniers chapitres s’ouvrent des espaces lumineux où le Roland Nadaus parle avec sensibilité de la poésie. Il décrit avec justesse la poésie du chant et du ressenti que l’homme habite avec son langage usé aux encoignures du monde. Langage forgé dans le creuset de l’expérience individuelle, du désir et de l’émotion. Avec Pour le réalyrisme Roland Nadaus défend une poésie habitée par l’homme avec ses imperfections et sa grandeur. Une poésie « qui chante en avançant » dans une « attitude à la fois humble et orgueilleuse ». Une poésie « à hauteur d’homme » !
HM
07:10 Publié dans Notes de lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mardi, 06 décembre 2011
LE DIT DES ELFES SYLPHES ONDINS ET AUTRES CREATURES

LE DIT DES ELFES SYLPHES ONDINS ET AUTRES CREATURES
de Silvaine Arabo
vient de paraître chez Encres vives
Numéro 479 de la collection Encres Blanches
Format A4
18 pages
Prix : 6,10€
Chez Michel Cosem 2 Allée des Allobroges 31770 Colomiers
C’est un univers onirique et panthéiste que l’on découvrira dans ce court livre proche des contes de notre enfance et où les éléments de la nature prennent parole. Une parole en quête de beauté et de justice. Quand on connaît l'état du monde d'aujourd'hui, on comprend qu'il y a urgence à plaider pour que le monde change. C'est du moins ce que j'entends dans ce texte qui pourrait être le livret d’un petit opéra avec ces prises de paroles successives, du marais, de la feuille, du vert, de l'ange... toutes entrecoupées de chœurs qui participent ensemble à l’invention d’un monde. Le texte semble dire qu'il ne faut pas perdre espoir et qu'il faut considérer la nature à travers tous les éléments qui la composent, si l'homme ne veut pas perdre l'essence même de la sienne.
HM
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