mardi, 09 février 2010

Une pétition pour la culture

La culture en danger ! 

Une pétition pour la culture

de la revue Cassandre / HorsChamp

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Impossible absence - Qui lancera l'alerte ?

 


Dès novembre 2006, nous avions lancé un appel aux candidats à l'élection présidentielle pour qu'ils considèrent avec plus de sérieux la place de l'art et de la culture dans leurs programmes politiques. Depuis, la situation est loin de s'être améliorée.

L'absence actuelle de vrai débat public sur la place de l'art et de la culture dans notre société est un symptôme historique extrêmement inquiétant.

Elle annonce, pour la première fois depuis la Libération, le risque d'abandon d'une part fondamentale de l'histoire de notre pays...

Pour lire  le texte en entier et signer la pétition...

HM

samedi, 06 février 2010

Revue Saraswati N°10

Revue SARASWATI N° 10,  « L'expérience poétique »

 

saraswati.jpg

Silvaine Arabo

Décembre 2009

210 p

25 €

Pour se procurer le numéro...

Avec pour titre L'expérience poétique ce dixième numéro de la revue Saraswati nous propose, par l'intermédiaire d'un large questionnaire, d'entrer dans la petite fabrique de poésie de cinquante et un poètes contemporains. Ce numéro rassemble aussi en son centre la reproduction d'œuvres des graveurs Simone et Henri Jean accompagnée d'un entretien conduit par Silvaine Arabo. On découvrira avec plaisir ces gravures, fruits d'un travail commun où des personnages, des animaux, des végétaux dans une facture naïve emplie d'infimes petits détails, racontent la vie, tout simplement.  Alain Simon participe à ce numéro au double titre de poète et de plasticien avec des pastels riches en couleurs et en lumière. Michel-François Lavaur y est présent aussi en tant que graphiste avec ses dessins à l'encre noire.

De Jacques Ancet à Patrick Werstink auxquelles s'ajoutent, parmi de nombreuses autres, les voix de Jean-Michel Bongiraud, Jacques Canut, Michel Cosem, Chantal Dupuy -Dunier, Jean-Paul Gavard-Perret, Emmanuel Hiriart, Gilles Lades, Jean-Pierre Lesueur, Claude Mourthé, Roland Nadaus, Serge Wellens... tous, dans l'éclectisme de leur chemin poétique répondent au questionnaire qu'avait proposé Silvaine Arabo pour l'élaboration de ce numéro.

Ce qui apparaît en premier lieu, c'est la grande diversité des réponses même si on distingue dans les rapprochements que l'on peut en faire des sensibilités communes, des pratiques similaires, des points de vue semblables. On ne résume pas en quelques lignes les réponses d'une cinquantaine de poètes s'exprimant sur la poésie, dont chacun généralement s'entend pour dire à son propos, une incapacité à en donner une définition précise et exhaustive. Seule la lecture de ce numéro permettra à chacun d'apprécier la quintessence des propos tenus, d'entendre la force des argumentations déroulées dans les textes, d'en partager l'expérience. C'est pour le lecteur, poète ou non, l'occasion de se nourrir de ces bribes et de ces éclats d'expériences partagés dans la clarté des propos.  L'authenticité, la sincérité qui traversent ces entretiens recueillis par Silvaine Arabo sont le fondement et l'un des intérêts de ce numéro autour de l'expérience poétique. Chacun pourra en éprouver les bienfaits en tant que lecteur ou qu'écrivant.

Voici quelques extraits de questions auxquelles les poètes devaient répondre, accompagnés d'un choix forcément subjectif de réponses .

Qu'est-ce que le mot ? Un passage ;   l'outil et le matériau ;   ...une clé pour aller vers l'autre ;    Le mot : rien. La chose : tout ;    Serge Wellens pour sa part écrit que ce sont des chiens d'aveugles... D'où émane le poème ? Pour Chantal Dupuy-Dunier   ... ça parle depuis l'inconscient, individuel ou collectif...  quand sur un autre registre Collette Maillard écrit :   Le poème vient de la main. C'est la main écrivant qui l'étire de moi comme la soie d'un cocon...      La poésie doit-elle obéir à des règles ? Cette question de la règle a partagé les opinions entre ceux récusant toute possibilité de règles quand d'autres en jugent certaines nécessaires. Roland Nadaus    ...seule la probité donne le vertige... ou Jean-Paul Gavard-Perret       Il n'y a pas de « règles » sur les règles       déplaçant quelque peu le registre de la réponse réconcilieront peut-être tous les poètes.   Quelles sont les missions de la poésie ? Selon l'acception avec laquelle on entendra ce mot de mission, les poètes expriment que nul n'en assigne à la poésie ou qu'elle les a toutes à la fois. Collette Gibelin écrit que pour elle,    elle est une nécessité     et un Emmanuel Hiriart un peu provocateur ajoute     ...que la grandeur de la poésie est de ne servir à rien...   Comme on le voit les questions ont suscité des réponses diverses, différentes et parfois contradictoires.

Mais c'est à chacun de se  faire une opinion en lisant ce numéro 10 de la revue Saraswati pour découvrir l'ensemble des réponses, dont l'intérêt dépasse bien sûr celui de cette courte recension.

 

HM

 

dimanche, 31 janvier 2010

Ode à la poésie

Louis Savary,

Opium de personne, Editions Arcam,

Paris, 2010,

104 pages,

15 Euros.

Selon Savary c'est en l'absence de jour qu'apparut la poésie. Elle reste encore aujourd'hui orpheline à jamais de son anniversaire. Car d'une certaine manière elle naquit un 30 février. Si avec une poignée de terre Dieu créa l'homme, ce dernier fertilisa de quoi planter des mots afin qu'à son incinération la poésie devienne ses cendres. Depuis ce premier jour les baisers de la poésie ont le goût de la salive des morts. Elle ne mène donc nulle part mais il ne tient qu'à nous d'y aller. Elle reste le voyage au pays du dedans éveillé, endormi, endormi, éveillé mais jamais rêvant. En elle parfois le mal de mère prospère mais sans envie d'y repêcher le père. À ce titre Savary lance un hommage aux poètes vaincus qui "comme des assassins reviennent toujours sur le lieu de leur crime". D'un côté ils contemplent le ciel, de l'autre ils scrutent la terre en se foutant des commissaires et des cons temporains.

Pour l'auteur belge, même du néant, la poésie ne sort pas les yeux vides en dépit de ce qu'elle porte en elle : à savoir une maladie orpheline. Son pays est trop vaste pour qu'on le fasse à notre chef : c'est donc la poésie qui nous fait à sa tête. Il n'y a rien à ajouter. Être poète revient à écouter le silence en prenant garde de ne pas l'ébruiter. Car on ne dresse pas les mots. Ils restent sur leur garde afin que le cœur, le sexe et l'esprit entrent en transe sans renier la vérité de l'enfance. Dans la poésie, il y a donc tout et "Surtout le reste. Il est incommensurable". C'est pourquoi elle répond aux questions qu'elle ne pose pas. Elle nous dévoile à notre indifférence. Au sensible elle "préfère le sang cible et énonce ce que les mots n'ont jamais pensé". Qu'importe donc ce qu'on peut en dire. Elle garde la clé des vents de la maison de l'être. Ce dernier y vit avec elle en union libre. Ni pute ni soumise la poésie est donc bien "opium de rien ni de personne". C'est de la Bella Donna et de la belladone.

 

JPGP

 

dimanche, 24 janvier 2010

TERNAIRES

Maurice Regnaut

Editions P.J.Oswald

80 pages

1971

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Cette note sur un livre de 1971 Ternaires permet d'éclairer l'oeuvre de Maurice Regnaut. On peut découvrir la page qui lui est consacrée sur le site d'Incertain Regard. J'engage les lecteurs à lire sur le site du poète Maurice Regnaut, qui est mort en 2006 nombreux de ses textes essais, poésie, théâtre.. et à découvrir son oeuvre et sa voix, qui demeure présente vivement dans son écriture.

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Ternaires,

« Il ne viendra jamais rien que la nuit sur la neige »

 

Ternaires a paru aux éditions Pierre Jean Oswald en 1971. Ce titre de Ternaires renvoie nombre trois, tel le nombre de vers composants les poèmes. Sans doute les acceptions de ce mot nourrissent des significations plus larges comme peut-être celle du rythme dans l'écriture.

Le livre est composé de quatre ensembles. Le ternaire

« Quai, rails, horloge, / Et soudain le déclic de l'aiguille / Sur l'univers. »

les précède et ouvre le livre comme pour en indiquer le propos. Numérotées de un à quatre chacune des parties est composée d'une dizaine de poèmes de trois vers.

Cette conscience de vivre

« M'étendre sur la terre, / N'être plus que le temps qui va / Me supprimer. »

 

Le premier ensemble de poèmes paraît circonscrire la conscience du poète quant à sa présence au monde. Il s'agrège autour de ces poèmes le sentiment tangible d'une finitude inévitable et celui plus diffus de l'absurde face à l'infini. Qui n'a pas été emporté par ses pensées dans les méandres d'un réel impensable face à la dimension de infinie l'univers et aux limites de la réflexion humaine. Réalité inimaginable que notre vie pensée à l'aune de cet univers et où soudain, un relent de mal-être nous rattrape.

Je crois discerner dans ces premiers ternaires, les signes d'une écriture qui caractériseront celle de Maurice Regnaut dans ses autres livres.

-Le jeu avec la sonorité, l'homophonie et les répétitions : si vert le vert

-Une écriture jouant avec les oppositions de sens, la contradiction langagière et les changements de registre : Si noir, si clair, le bleu si rouge,

-Et enfin, des inversions dans la construction grammaticale des vers qui donne à son écriture, un rythme et ce phrasé particulier reconnaissable que l'on retrouvera dans ses livres :

Si lourde au pied mon ombre.

Les autres vers qui montrent la conscience de cette finitude simultanément à celle du vivre s'accumulent au cours de cette partie : »Comment suis-je encore ici » ; « Grands tournesols / Le soir / face à l'horizon vide. »...

 

La conscience du rien

« O monde immense / Et moi / En mes mots seuls ! »

 

La deuxième partie du livre paraît isoler l'homme, le poète et le monde. C'est le moment de réflexion  avant un choix. Le poète possède la conscience d'un soi seul au monde, comme ce ternaire en témoigne. Le poète est l'être de la parole, des mots et du langage. L'homme qui le devient dans cette conscience de vacuité de l'univers doit choisir,

Monde ou poème / Choisis ta foi / Ou sois folie.

Dès lors, l'homme et le poète confondus savent ensemble qu'il ne faut rien attendre,

Il ne viendra jamais / Rien / Que la nuit sur la neige.

 

Extraire du néant

«  La nuit vient , ma rare, / Et ton corps encore / Plus beau qu'au soleil. »

 

Les parties trois et quatre me semblent plus énigmatiques. Le poète doit se nourrir du rien, puisque cela seul est présent, à la fois intangible et pourtant immémorial. Au sens perdu d'un monde, à l'absence d'un dieu, le poète interpelle la nuit - appelée - (p),  nomme les poussières - visibles - (p 42), rend témoin d'une présence le silence, l'écume et la lune (p44)... Il énumère le tangible du monde ! Face à eux le poète les transcende dans le regard qu'il leur porte. Il substitue au rien, le vrai de la parole. Dis-moi que rien n'existe, ô dis-le moi, / Que le seul vrai soit non ce rien, Mais ta parole ! On trouve dans ce ternaire, ce qui sera constant dans la poésie de Maurice Regnaut, la présence du VRAI dans la parole. Dans la parole du poète Maurice Regnaut. Il y a dans les poèmes de cette troisième partie les strates d'une nouvelle naissance. Pour vivre, recommencer à vivre en homme mortel sous les auspices - acceptées - de la finitude humaine.

 

Vivre

« Et ne plus être au cœur du bleu, / Terre , / Qu'un seul cri ! »

 

La quatrième partie est comme une sorte de réconciliation du poète avec la vie. Il semble l'accepter pour ce qu'elle est dans ses limites, après que tout homme eût empli son existence de sens en dehors de toute expérience mystique. Cette dernière partie loue la lumière, le soleil et l'éclat des couleurs de la vie.

Bleu à bleu, feu à feu bleu, et dire / Que j'aurais pu ne pas vous voir jamais, / Myosotis de ce monde !

Le livre est-il le fruit d'une expérience existentielle ? Hormis ce titre faisant référence à la forme trois du ternaire, quels sont les autres sens auxquels il se rapporte ? Peut-être contient-t-il dans les phonèmes le composant, celle de « terne » qui pourrait être rapprochée avec l'humeur qui aurait accompagné son écriture ? Ou pourquoi pas un néoadjectif décliné de terre à l'instar de lunaire ? Le dernier poème pourrait en témoigner :

Ce bruit d'eau dans la nuit, / Dors, / C'est la Terre.

 Alors ces poèmes seraient propres à notre planète habitée par l'homme - seul - dans l'univers mais qui ne cesse fébrilement de s'interroger sur le sens de son existence.

 

« Entre le hêtre et l'homme, O honte, Était le tremble. »

 HM

dimanche, 17 janvier 2010

Slumming on Park Avenue

Paul Sanda,

Rafael de Surtis Editeur,

Cordes sur Ciel ( Tarn)

non paginé 14 €

JAZZ PARTY A NEW-YORK

Sanda revient à deux de ses amours pour un double hommage. D'abord à New York « la seule ville tentaculaire où je pourrais accepter de vivre ». Ensuite au Jazz. Celui de Coltrane entre autres. Dont l'ombre plane toujours l'hiver sur Park Avenue où il se promenait engoncé dans un immense pardessus. Mais il y a aussi Miles Davis au Cotton Club et Woody Allen en « clarinettriste » pas loin de l'aiguille du Chrysler Building.

 Le poète nous emporte en 50 vignettes écrites en une nuit dans la ville à travers le Jazz et avec quelques amis : Arrabal bien sûr l'incontournable vagabond hérétique, Alain Marcadon, l'énigmatique Fabienne G. - comme le point - ou encore Alain-Pierre Pillet et Francis Meunier. Des amis mais aussi des allumés et - chacun à leur manière - des surréalistes décadents et dissidents.

 Il y a donc New York, le jazz, mais aussi ses peintres et ses rues. La 123 ème Ouest, le Yankee Stadium, un thème indien de Roy Lichtenstein. Que demander de plus pour que « move the groove » et suive les sérénades à offrir à une femme nue dans une nuit réelle dans un hôtel pour musiciens pas loin de la plus grande cathédrale du monde près de Central Park.

 Reste alors dans les rues et le jazz la vapeur des mâchoires au milieu du détergeant froid d'un matin de janvier. Avec d'un côté du Daumal et de l'autre du « Grand Jeu », l'écriture de Sanda possède une étonnante force d'imprégnation et de déstabilisation des images. Il y a en elles comme dans certains souffles de Coltrane des formes bizarres. Elles existent pour sucer le vent. Celui qui agonise dans le délit des branches des bosquets nus près de l'Hudson River.

 Parlant de New York et du Jazz Sanda devient une sorte d'éponge naturelle Et par les trous que le poète crée dans la langue admise le jazz retrouve sa force de contestation. Ses riffs dérapent encore dans les mots de poètes afin de donner une inclination à l'assiette stable de ce que nous prenons pour notre individualité et notre perception.

 Les mots forgent ce que les nôtres sont incapables de marteler. Voici la création d'un univers sans fonds mais en métamorphose. Sa réalité ne peut se réduire à une vision classiquement surréaliste de la poésie ou à une vision nostalgique du jazz des années cinquante et soixante. En bon gnome du langage et d'un des buildings gothiques de Manhattan, Sanda réinvente une façon de revoir le métier de vivre plus que celui du dur désir de durer.

JPGP