samedi, 12 mai 2012
POST IT
Paul Badin,
Vincent Rougier Éditeur,
Soligny La Trappe,
39 p,
9 Euros,
2012.
BADINAGES ET BIEN PLUS
Tout être a besoin d’une vie sensée, d’un croisement harmonieux. Rien de mieux pour cela que le « post it ». On dira que c’est une drôle de manière de communiquer. Mais il arrive que les mots disent ce que la parole ne peut exprimer. D’autant que pour Badin le « post it » engage au dialogue. Pour preuve, un d’entre eux cueilli au hasard :
« - Pour toi cette rose qui te va bien et dure.
- le rouge vraiment nous souligne ».
Badin croise ainsi les messages jusqu’à en dépasser les bords. Ils permettent de réaliser que ce qui n’a d’existence qu’immédiate peut prendre une autre dimension.
Chaque « post it » provoque l’élan au sein d’une autre corporalité mentale et en une étrange volupté faite de distance mais en vue d’un rapprochement. L’émotion et la réflexion y sont induites. Et le « post it » dans sa texture pelliculaire acquiert une densité charnelle. Elle réintègre le mental dans l’organique et fonde l’acte poétique d’une union au cœur même du quotidien de l’amour. En ce sens ce livre devient presque un acte « érotique » de réciprocité puisque qu’il métamorphose la vie de tous les jours en cérémonie.
Le « post-it » tend ainsi un voile éphémère pour enchanter le lieu de vie et pour éviter que la vie à deux tombe en sommeil. Le poète la libère. Le monde le plus familier mérite soudain une autre attention. Tout semble en attente d’être reconnu autrement. L’imagination remplit l’espace du carré collé généralement sur le réfrigérateur. Le monde en palpite et s'y rêve par-delà ses arêtes, ses surfaces, ses apparences.
Le réel tronqué dans sa simple évidence reprend la vibration étrange d’un dialogue amoureux. Son "détour" rouvre à la disposition d’une curiosité de la vie dans le respect de l'un et l’autre des messagers au sein d'une tension toujours énigmatique, mystérieuse, dynamique. Des vérités omises s'aperçoivent. Le geste qui colle le papier est genèse. Il marque le passage du souffle repris et repris. Il est accomplissement de l'espace illimité de l’amour dans la limitation étroite d’une surface minime.
JPGP
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mardi, 24 avril 2012
Autoportrait au soleil couchant ---- de Gérard Noiret
Autoportrait au soleil couchant
Gérard Noiret
Éditions Obsidiane
Septembre 2011
Sans doute le lecteur sera-t-il surpris en lisant ce livre singulier, qui vient de recevoir le prix Max Jacob 2012, comme je l’ai été moi-même lors de sa découverte. Organisé autour d’un quatuor, au sens d’une formation de musique de chambre ce livre, signé Gérard Noiret, rassemble dans ses pages un éditeur, Christian Lachaud et les trois poètes, Guy Châtealain, Viviane Ledéra et Pierre Du Pontel. On aura beau utiliser les meilleurs moteurs de recherche d’Internet, on ne retrouvera aucun des noms des poètes ni celui de l’éditeur.
« Il faut être capable d’entrer dans l’intériorité d’esthétiques contradictoires » cette affirmation que l’on lit dans le texte préliminaire de Christian Lachaud est peut-être une clef pour entrer dans le livre. Comme peut l’être dans un autre registre la manière d’entendre « même – nom » dans la collection intitulée Colosses de Memnon évoquée pour ce livre écrit par le seul Gérard Noiret. Et pour qui a lu, disséminés dans des revues ou dans les pages de sites internet, les textes de Gérard Noiret sur l’écriture (Incendit, La Quinzaine Littéraire, Remue Net…), ce premier texte nous indique des pistes de lecture qui s’appuient sur cette opinion de l’éditeur Christian Lachaud : « A mon sens, un poème est la cristallisation d’une sorte de produits de facteurs, au nombre indéterminé, à la définition instable, où les composants ne multiplient pas forcément d’une manière identique, mais d’un produit de facteurs quand même. Sans forcer je peux risquer cette formule : poème = ( langage) (histoire poétique) (imaginaire) (monde) (pensée) (projet)… » Lisant la suite on retrouvera en filigrane, une conception sur l’écriture et sur la poésie propre à Gérard Noiret. Il faut ici rappeler que Gérard Noiret dirigea la collection de poésie Ipomée aujourd’hui distribuée par Le Temps des Cerises qui rassembla autour de quelques titres, des poètes restés importants.
Trois poètes hétéronymes, dans des registres différents si ce n’est opposés par leur nature, nous sont proposés en lecture. Guy Chatelain de religion catholique tente de rendre la plainte possible et réfute la mise en voix des poèmes. Pessimiste et sombre, le chant de plainte de Guy Chatealain, perce dans des distiques et la rectitude qu’ils tracent sur la page « quelque chose est en route qui brandira mon scalp ». Un langage qui ne laisse poindre que des sentiments contenus, portés par des métaphores désincarnées, éthérées ou surréalistes « la ville se fait couler un bain ». Seuls ici les objets semblent dotés de vie. Un dialogue intérieur tourné vers soi et où parfois l’autre perce dans un tu ou un tes esquissés. Une poésie où l’autre à du mal à prendre corps. Un poème apporte pourtant une lueur d’espérance, comme une tentative d’approcher – enfin ! – le désir de vivre et qui commence ainsi : « Avec son bleu pâle et ses images / le ciel est une lettre d’amour ». Cette poésie à la maîtrise émotionnelle s’oppose à celles de Viviane Lédéra et de Pierre Dupontel, l’une avec une attention vive à l’humain et le second, avec une exaltation dévorante, dont la poésie épique et enflammée de désirs flamboyants emporte dans tout sur son passage avec ses crimes, ses rêves de grandeurs et de conquêtes. « Plus dévorante que la jalousie Fugace que l’espoir/ Subtile que le désir / La Gloire». La poésie de Viviane Ledéra me touche plus, avec ses portraits de femmes, souvent, comme des instantanés pris sur vif du quotidien. De très beaux poèmes aux expressions sensibles et compassionnelles, suffisamment retenues pour que soit partagé par le lecteur le ferment d’humanité qui s’en échappe et qui relie les êtres. « Ils ont déposé leurs gestes / au milieu de la clairière,/ échangeant le soleil contre leurs prénoms,Puis ils sont allés / les yeux dans les yeux du ciel/… » On retrouvera ici la façon de Gérard Noiret. C’est assurément l’hétéronyme dont la poésie est la plus proche de la sienne.
Quant à la forme de l’écriture, celle des poèmes, on en reconnaîtra trois utilisées généralement par Gérard Noiret. L’emploi de distiques dans les poèmes de Guy Chatelain, la forme polyphonique de Pierre Du Pontel et enfin les poèmes courts de Viviane Ledéra, comme de courtes scènes portant parfois des noms mythiques, comme Gérard Noiret aime les titrer, Pénélope, Icare, Eurydice…. Ces trois formes d’écriture utilisées indifféremment dans ses livres y sont disséminées en une mosaïque. Chaque forme d’écriture pourrait être considérée comme un motif. Dans autoportrait pour un soleil couchant chacune est employée par un des hétéronymes, représentant un aspect, un état d’écriture du poète Gérard Noiret. Ainsi réunies – séparées ? – c’est l’entité cohérente représentée par un hétéronyme qu’il est proposé de découvrir. On peut penser que ces écritures, que Gérard Noiret a circonscrites, sont celles élaborées dans un état particulier ou une circonstance singulière dont il situe exactement les moments, les raisons ou les motivations. Sinon une multiplicité d’états de conscience, au moins trois pour ce livre que l’on pense intrinsèques à l’auteur, si récurrents, qu’il éprouve le besoin de créer des hétéronymes. Des écritures suscitées par les différentes facettes du poète ou dans des temps différents et qui surgissent à l’occasion de tels faits ou de telle réminiscence issue de l’histoire personnelle, de l’imaginaire ou de considérations sensibles face au monde. Un langage apparaît, que les poèmes dans leurs formes et leurs rythmiques désignent alors. C’est ainsi que Gérard Noiret rejoint dans les faits, la condition énoncée par Christian Lachaud « d’être capable d’entrer dans l’intériorité d’esthétiques contradictoires ». La boucle paraît se refermer.
Avec ces écritures, rattachées à des poètes hétéronymes plausibles, Gérard Noiret donne de la consistance à sa vision sur l’écriture. Il n’énonce pas seulement mais met en œuvre. Avec des poèmes maîtrisés et liés à des univers différents, c’est aussi la forme qui rythme et fonde l’écriture poétique. La question de la nature de la poésie est revisitée. D’où émane-t-elle ? Demeurons-nous le même au cours d’une vie ou passons-nous par étapes des frontières en nous-mêmes ? Quel homme, quel poète demeure sous sa propre nature ? C’est peut-être ces questions que Gérard Noiret à tenter de poser en présentant sous son nom, trois poètes, trois pseudonymes sous lesquels il a reconnu en lui-même une part de sa vérité d’homme.
HM
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dimanche, 22 avril 2012
Gelsomina (diptyque) de Cécile Odartchenko
Propos2 Éditions,
Manosque, 2012,
169 pages, 15 euros.
Depuis la petite enfance Cécile Odartchenko est fascinée par l’homme et son « mat ». Sans exhibitionnisme mais sans fausse pudeur et dans une poésie du quotidien elle le dit sous couvert de la Giulietta Massima de La Strada de Fellini mais aussi d’autres images de légendes tirées (entre autres) d’André Roublev, de Dovjenko. L’amour chez elle ose donc le sexe, il est le monde diurne, épousé, accepté dans ses profondeurs et par-delà les lèvres des deuils et abandons.
Comme tout être la poétesse y perd tout repère : il fait d’elle une égarée. Elle l'accepte. Elle accepte l’ombre qui la brûle car dit-elle "l'intimité sexuelle est une vraie intimité et donne des droits à l'homme et à la femme aussi à parts égales (…) Celui qui pour des raisons de confort et de lâcheté, ignore ces raisons du corps, va en être émasculé à court ou à long terme… Il se refuse à jouer le jeu, et le jeu est cruel". Il sera temps plus tard de contempler le trou qu'il laisse et de manger son poing sur l'étale du jour. Reste un magma de sang au goût de pierre, un tremblement figé en bordure des mots. Mais il faut reprendre. L'entente naît d'un présent toujours entier. La nuit n'est plus ce désir lancé vers l'autre mais l'oubli. Pour recommencer et afin que le cœur batte encore la campagne.
Mais c'est aussi tout sauf un jeu quand ce n'est pas seulement un truc qui coulisse dans le machin mais qu'une partition s'engage et engage pleinement ceux qui l'exécutant se mettent au monde. Jamais recluse dans la froideur « Gelsomina » toujours proche de l'irrécupérable garde sa force pour ce "leurre" amoureux qu'il ne faut effacer. Elle sait que parfois on s'en remet mal, qu’il faut – par exemple - "se demander comment mettre un pied devant l'autre pendant deux ans, après avoir quitté le père de mes enfants, le fusil dans le ventre, ça dit tout". Pour autant par-delà des maltraitances encore plus primitives (celle de sa mère) l’artiste et poétesse dressent encore tes tables, tes coupes de fruits exotiques. Des bouquets de fleurs. Ils ne sécheront pas.
JPGP
16:22 Publié dans Notes de lecture | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
mercredi, 28 mars 2012
LES EDITIONS DE LA LUNE BLEUE ONT 2 ANS!
La Lune bleue fête ses 2 ans à la librairie Pippa
La Lune bleue
Créée en 2010 par Lydia Padellec, poète et plasticienne
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Programme du 12 avril 2012
17h- Présentation de la Lune bleue par l’éditrice et Lectures de Pablo Poblète et de Maximine
18h- Lectures de Monico, Hervé Martin (en présence de Valérie Loiseau) et de Maggy de Coster (en présence d’Irène Shraer)
19h- Lectures de Mario Urbanet (en présence d’Alexandrine Lang) et d’Ivan Sigg (des haïkus du recueil de Jeanne Painchaud)
20h- Lectures de Gérard Noiret, d’Eva-Maria Berg (en présence d’Eva Largo et de Max Alhau) ; présentation du livre et projet Voyage au bout des doigts (en présence d’Arnaud Delpoux, du Collectif KUU, des poètes et artistes participants)
A la Librairie PIPPA 25 rue du Sommerard, Paris 5 (M°Cluny la Sorbonne)
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19:30 Publié dans Notes autres | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
dimanche, 04 mars 2012
Le Geste ordinaire - Maxime Coton - Laurence Léonard
Le geste ordinaire
Maxime Coton
Laurence Léonard
Esperluète éditions
Ce livre qui a reçu le prix Poésyvelines 2011 est un bel hommage à la figure du père. Des encres de Laurence Léonard accompagnent les poèmes en évoquant des constructions d’usines, des structures imbriquées, des bâtiments industriels désaffectés… où parfois l’œil croit déceler les corps contraints des ouvriers d’usines. Le livre tente de resserrer ces liens qui existent, souvent dans le silence, entre un père et un fils. Tout en soulignant la condition d’ouvrier du père, le livre met en relief les divergences qui semblent exister entre le fils et ce dernier, puis entre le poète et l’ouvrier. Tout au long du livre une révolte sourd, notamment lorsque le poète s’érige contre ce qui serait la soumission du père à son travail dans sa volonté d’accepter sa propre condition. Mais en filigrane, dans la succession des poèmes, une reconnaissance prend corps envers ce père qui travaille avec la seule force de son corps. Maxime Coton tente alors de mettre en exergue la dimension humaine de ce père sans voix. À travers la lecture de ces poèmes d’hommage au père, rendu avec pudeur et vérité, c’est aussi un paradoxal dilemme qui apparaît à l’auteur. « Tout est simple, dans l’ordre /Je ne peux acheter ta soumission / Je t’admire et te méprise ». C’est ce paradoxe que Maxime Cotton essaie de résoudre. Le travailleur manuel semble réhabilité au fil des pages sous le regard du fils qui « …comprend cela et bien d’autres choses / parce que je sais lire et écrire ». Le poète écrit alors dans l’ombre du père dans un geste complémentaire à celui-ci – un geste ordinaire ? et dans la volonté probable de faire – équipe comme à l’usine, réduisant ainsi l’écart qui sépare le fils du père, le jeune de l’ancien, le travailleur intellectuel de l’ouvrier. Rejoindre le père, dans ce regard partagé, peut-être même au milieu du poème, avec ces vers organisés et rythmés comme le travail manuel peut l’être. « Tu travailles / Je te regarde travailler / C’est mon travail, mon regard / Mes questions n’ont pas de valeur marchande./ Et pourtant, je les mets en forme. À partir de / tes gestes, je les assemble./ Ce n’est pas de mes mains que je vis. Ce sont / de tes mains, que je vois, célèbre et dessine. » Avec la figure du père, en arrière-plan, le travail est revisité pour en faire jaillir des lumières oubliées, sombres et souvent tues. Sans doute faudrait-il que nombre de poètes chantent les louanges des travailleurs manuels, en leur donnant de la voix, pour qu’apparaisse au monde l’intelligence de leurs gestes qui bâtissent le monde. Leur langage est celui des leurs mains habiles, expertes dans le mouvement des phalanges et des doigts. Nul ne le sait que celui qui l’expérimente. Avec ces poèmes, comme un pont lancé entre deux êtres, Maxime Coton tente de comprendre ce père dans son langage de taiseux. C’est un beau livre où à presque chaque poème un vers nous trouble. Le poète et l’ouvrier s’opposent dans la différence de leurs langages cependant que le père et le fils se rejoignent sous le regard du lecteur. Un beau livre « …Comme si j’écrivais sur toi / Pour à mon tour te mettre au monde »
HM
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