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D'un bocage , l'autre - de Roland Nadaus aux Editions Henry

D’un bocage, l’autre

Roland Nadaus

 

Éditions Henry

Collection Les Écrits du Nord

ISBN : 978-2-36469-086-8

Juin 2014

94 pages

10 €

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De son bocage mayennais où il a élu domicile, Roland Nadaus témoigne, non sans une certaine inquiétude et une colère désabusée, de la transformation profonde et durable du territoire de bocage où il a choisi de vivre.

Il déplore sans ambages,

le « grand massacre commencé »

avec ses engins de travaux publics, bulldozers, pelleteuses et autres tronçonneuses qui se déversent dans sa campagne comme des hordes de blindés pour une offensive de conquête :

« on ne résiste pas aux hommes quand ils pilotent les monstres ».

Avec force, Roland Nadaus dénonce cette industrialisation des terroirs, ce ravage et ce retournement de terres, de chemins, de haies vives et de bosquets qui emportent avec eux la faune de volatiles et de gibiers, la flore et les grands arbres. Mais aussi, le plaisir de l’homme qui gouttait hier encore ces territoires au rythme du marcheur.

Au-delà de la destruction des paysages mayennais au profit d’une productivité agricole c’est d’un bocage à la fois plus restreint et plus vaste dont il est question dès les premiers textes du livre. Celui de l’être et de l’intime. Et dans les poèmes, à mesure se confondent et se mêlent les territoires de ces deux bocages.

La question de la disparition y rôde, sous-jacente, dans de nombreux poèmes. C’est un livre à la tonalité grave. Entre le possible de mourir et l’appel de la vie, le poète maintient un équilibre non pas précaire mais bien vivant dans sa langue. Pour Roland Nadaus, ce pays de bocage est une île, un lieu éprouvé de sa vie :

« Mon île, mon bocage. L’archipel de mes yeux. »

Croix et « croas » de corbeaux se côtoient dans ce paysage bocager alliant de funestes présages à la disparition progressive des crucifix. La perception de soi se fait alors plus vive :

« Comment oses-tu marcher fils d’homme, quand Jésus meurt à chaque croix ? »

Un climat de désarroi affleure dans certains poèmes. La vie, la mort, l’existence et la souffrance qui l’accompagne résonnent alors de leur solennité. Le poète éprouve le vide d’un passage difficile et devant ce spectacle du bocage qui se meurt, il questionne sa propre existence,  tout en se rappelant que :

« Écrire est essentiel – écrire est dérisoire :ça ne retarde rien, ça n’empêche rien... »

Et la vie continue, vive, poignante, exigeante :

« J’ai une telle joie de vivre, j’ai un si grand désir d’aimer, que c’est comme l'égoïsme… »

C’est aussi un retour sur soi qui n’exclut pas la distance de l’humour :

« Je dois mourir sans m’en rendre compte »

mais avec un sentiment perceptible de solitude.

Cependant Roland Nadaus poursuit sa quête de poète et d’homme. Auprès de ses congénères, il fait entendre sa voix singulière et semble regretter leurs attitudes :

« Ils n’aiment pas qu’on vive à hauteur de soi, ils n’aiment pas qu’on s’aime – et qu’on croie en soi ! »

C’est ainsi seul et par le groupe contre lequel sa singularité se développe que le poète existe.

Si de très nombreux poèmes font écho de différentes façons à la mort et la disparition, d’autres renvoient à la  naissance :

« Ici, je nais – ne cesse de naître : chaque jour m’est premier matin. »

Écrire dans le bocage, c’est alors vivre une renaissance.

« Et le matin c’est l’enfance… »  puis « Et toute ma vie n’est qu’enfance, un matin. »

On comprend alors qu’avec la destruction du bocage où il vit, Roland Nadaus perd bien plus que la beauté de ces territoires. Et d’abord peut-être, ces chemins qui mènent au-delà des paysages à ce pays de l’enfance où il reste encore tant à découvrir.

« Bocages intérieurs ! Chemins du dedans ! et plus loin encore « Je marche en moi, dans mes chemins creux. ».

 

hm

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