lundi, 23 novembre 2009
L'appel pour Antonio Tabucchi
A l'initiative des Editions Gallimard, un appel international de solidarité avec l'écrivain italien Antonio Tabucchi, cible du pouvoir berlusconien, vient d'être rendu public. Défense de ceux qui "osent, provoquent et dérangent" et de "la liberté de plume des écrivains indissociable de l'idée même de démocratie", son propos rejoint évidemment la cause de Marie NDiaye, d'ailleurs signataire de l'appel, face aux attaques du pouvoir sarkozyste....
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lundi, 27 avril 2009
Le site d'Incertain regard
Le site de la revue http://www.incertainregard.fr aura dans les premiers jours de mai une nouvelle apparence...
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samedi, 10 janvier 2009
LA SOIREE EXCEPTIONNELLE à LA MAISON DE LA POESIE DE PARIS
UNE JOURNÉE EXCEPTIONNELLE À LA MAISON DE LA POÉSIE
mardi 13 janvier de 19 heures à minuit
Passage Molière 157 rue Saint-Martin Paris 3e
Téléphone 01.44.54.53.00
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à 19 heures
LA RÉPUBLIQUE DES POETES #12
Conçue et animée par Marc Blanchet
André Markowicz
Foyer de la Maison de la Poésie
Entrée libre dans la limite des places disponibles
Programmation et animation Marc Blanchet
Présentations, lectures, dialogues, à propos de l’actualité de la poésie.
En ce mois de janvier, notre invité est André Markowicz, écrivain (Figures, éditions du Seuil, 2007 et Les gens de cendre, publie.net, 2008), traducteur du russe (toute l’œuvre de Dostoïevski, l’œuvre de Pouchkine, le théâtre de Tchekhov, la poésie d’Aïgui, etc.) et du théâtre anglais (Shakespeare, Marlowe). Une intégralité des œuvres de Shakespeare est en cours. Il vient de faire paraître aux éditions Les Solitaires Intempestifs, Macbeth et Mesure pour mesure de Shakespeare, Les Estivants et Les Enfants du soleil de Maxime Gorki et Edouard II de Christopher Marlowe, dans la collection « Traductions du XXIe siècle ».
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à 21 heures
LA POÉSIE CONTRE LA « SENSURE »
Cédric Demangeot, Bernard Noël, Florence Pazzottu et Christian Prigent,
conception Bernard Noël et Patrick Zuzalla
Réalisation Patrick Zuzalla
Avec la participation de remue.net
Avec la participation des acteurs Rodolphe Blanchet, Damien Houssier, Claire Anne Menaucourt, et de Claude Guerre
La soirée sera retransmise en direct sur internet
Avec la participation de l’INA (Institut national de l’audiovisuel)
Grande salle
« Les anciens régimes s’essoufflaient à interdire, censurer, contrôler sans réussir à maîtriser le lieu de la pensée, qui pouvait toujours travailler silencieusement contre eux. Le pouvoir actuel peut occuper ce lieu de la pensée sans jouer de la moindre contrainte : il lui suffit de laisser agir la privation de sens. Et, privé de sens, l’homme glisse tout naturellement dans l’acceptation servile. »
En 2006, les éditions Barre parallèle réunissaient autour de Bernard Noël trois poètes pour penser par la poésie cette notion de « sensure » encore d’actualité, qui, déjà identifiée par Bernard Noël dans L’Outrage aux mots en 1975, « par rapport à l’autre (la censure) indiquerait la privation de sens et non la privation de parole. La privation de sens est la forme la plus subtile du lavage de cerveau, car elle s’opère à l’insu de sa victime. Et le culte de l’information raffine encore cette privation en ayant l’air de nous gaver de savoir ». Ce livre prit pour titre clair La Privation de sens.
Trois ans après, c’est au tour de la Maison de la Poésie d’inviter des poètes, dont Bernard Noël, à continuer de nous tenir éveillés et vigilants face à cette forme de conditionnement toujours à l’œuvre. Ce sont donc les poèmes qui mèneront la pensée, la poésie étant à même de convoquer la télévision, les systèmes médiatique et financier, la consommation, la violence policière, la censure, le nouveau rapport au corps et au collectif, et cætera, pour en faire des matériaux incisifs de langue.
Les textes seront lus par les poètes ou les acteurs.
Programme :
Bernard Noël
La privation de sens, 2006
L’outrage aux mots, 13/20 février 1975, précédé d’un extrait du Château de Cène, 1969
« Éloge du consommé », in Moriturus, n°5, 2005
La Castration mentale, 1997, extraits
Sonnets de la mort
Christian Prigent
Le Monde est marrant, 2008, dont « Bonne nuit, les petits », 2006
« Je suis illisible », « Stress & strass », in Une erreur de la nature, 1996
Cédric Demangeot
« Fenêtre sur le bleu », mars 2006
« Les haltes de l’idiot », in Obstaculaire, 2004
« D’un corps placé devant la police », in Mortibus, 2008
Philoctète, 2008, extraits
« Aurore ultimatum », « Éléplégie », « La soif », « Prosopopée », in Éléplégie, 2007
bartlebricepety, 2008
Florence Pazzottu
La Tête de l’homme, 2008, extraits
s’il tranche, 2008, poèmes de U à Z
« Sarcome collectif », décembre 2005
« où sont les vers », 2008
« L’incise », in Action poétique, 2007-2008
Brice Petit
« La fiction de la mort », 2006
« Lettre ouverte à Monsieur Dominique de Villepin, ministre de l’Intérieur », in Moriturus, n°5, 2005
Pier Paolo Pasolini
« Les ballades de la violence », 1962
« La poésie est dans la vie », 20 septembre 1967
« Contre la télévision », 1966, « Contre la terreur », 6 août 1968, « Mon indépendance provocatrice », 11 janvier 1969, in Contre la télévision
Sade
« Français, encore un effort si vous voulez être républicains », in La Philosophie dans le boudoir, 1795, extraits
Christophe Tarkos
« L’argent », in Écrits poétiques, 1999
Auto-présentation du 22 novembre 1993, in Écrits poétiques
Roberto Juarroz
« Presque raison », extrait, in Fragments verticaux
André Leroi-Gourhan
Le Geste et la Parole, 1964-1965, extrait
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Pour suivre et participer à la soirée :
les textes des intervenants de la soirée
un forum où vous pourrez intervenir en direct lors de cette soirée et qui sera diffusé sur le site et sur grand écran à la Maison de la Poésie, vous pourrez y envoyer vos prises de paroles et vos textes, ce forum sera modéré.
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mardi, 30 janvier 2007
Une forme de corps
Au cours de l’été dernier j’ai assisté à un spectacle de flamenco, animé par la formation d’une école de danse de Marseille. À maintes reprises je fus touché par des séquences, précises et ténues, de ce spectacle. Que ce soit dans le chant flamenco, la danse ou la musique des guitaristes, j’étais fébrilement emporté par ces — séquences — qui entraient en ruptures avec le déroulement d’un spectacle plus traditionnel dans son expression artistique. Survenaient alors sous mes yeux, des cassures de mouvements, des brisures de la ligne courbe du corps, des inclinaisons – imprévues ? — du visage, des bras, de la main ou des doigts… comme s’appréciaient à l’oreille des éraillements de la voix dans le chant ou des modulations vocales inouïes. À ces instants, fugaces, la présence du corps imprégnait l’art du flamenco et me transportait. Cette présence du corps me paraît être ce qui distingue dans l’art, l’existence du singulier en l’émergence de son talent, d’un accomplissement artistique simplement académique. Cette présence du corps en ces distorsions de mouvements, ces éraillements de la voix des chanteurs, élevait ce spectacle flamenco à l’œuvre d’art. Ces mouvements intérieurs qui inclinent le mouvement physique et créent le geste.
La singularité du geste
L’apprentissage d’un art passe par un travail académique. Mais l’expression d’un artiste, fut-il poète, peintre, musicien, se doit de le dépasser dans l’appropriation qu’il en fait. Il modifie ainsi cette -charpente-mémoire- de l’art qui se transmet dans le patrimoine de l’humanité. Une œuvre d’art n’est pas la représentation d’une réalité, nous le savons. Elle est une réinterprétation du monde, la réappropriation d’un espace vital. Dans le flamenco, le corps est présent dans ces distorsions, ces gestes, — ces possibles du mouvement — et dans ces altérations — justes — du chant dans la voix. Et loin de brouiller l’expression de l’artiste elles sont, de l’art, la quintessence. Elles le nourrissent, l’enrichissent, l’élèvent, et avec lui l’être humain dans sa condition de mortel. Ces distorsions sont présence du corps dans l’œuvre d’art. Cette présence matérialise sous mon regard la forme. La forme comme le corps. Une revendication de l’existence au monde, la singularité du geste de l’artiste, la forme donnée en l’art.
En poésie, qu’elle s’inscrive dans la vision qu’elle nous donne sur la page ou dans la prosodie qui court dans ses vers et vibre dans l’air à leur musicalité, la forme est présence du corps dans l’écriture.
Hervé Martin
06:00 Publié dans Notes autres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, poème, art, style, écriture
lundi, 15 janvier 2007
Entretien avec Gérard NOIRET
LA POETHEQUE / Bibliographie de Gérard NOIRET
Hervé Martin : Poète, collaborateur à La Quinzaine Littéraire et à diverses revues, tu animes également des ateliers d’écriture poétiques auprès de différents publics. Ma première question est un peu provocatrice : apprend-t-on à être Poète ?
Gérard Noiret : Non. Ce que l’on peut apprendre ce sont quelques conditions nécessaires pour le devenir. Et encore… Personnellement, je ne me perçois pas comme Poète. Dans ce mot il y a trop l’affirmation d’une autre manière d’être. Ma véritable différence est de consacrer beaucoup de temps aux mots, pas toujours écrits. A l’inverse, toute personne qui entreprend un travail artistique est obligée de se penser « poète », « danseur » ou « comédien » à un moment donné de sa vie, parce que sinon, le soi se dérobe. Il existe une espèce d’imposture nécessaire qui crée au départ un « horizon » de rigueur et conditionne l’accomplissement de l’écriture. Une dernière chose : je crois que l’on peut cesser d’être poète parce que le langage se transforme.
HM : Utilises-tu dans tes ateliers des « techniques d’écriture » ?
GN : J’espère proposer plus, car le poème établi des connexions avec la philosophie, les sciences humaines et a besoin d’une réflexion sur soi. Cela dit, j’interviens majoritairement sur le « processus d’écriture ». Il produit une sorte d’accélération des connaissances. Il n’y a rien de pire que d’apprendre après trente ans de travail solitaire que Du Bouchet existe ! Dans mes ateliers, je remets les gens en prise avec l’histoire de la poésie. Les contraintes ont toujours rapport avec des poètes, des livres, de la pensée. Je corrige peu. Je ne cherche pas à enseigner un bien écrire. Je m’arrange pour que chacun fasse des expériences de langage. Je m’applique à contrôler qu’ils ont ressenti ce que je voulais qu’ils éprouvent. Au bout du compte, j’espère que les participants ont des chocs. Des profs qui connaissent mille fois mieux la littérature que moi n’ont jamais été confrontés à ce qu’il advient lorsque « on va à la ligne ».
HM :Quelles sont les raisons qui t’ont conduit à animer cet atelier à l’université de St Quentin en Yvelines en collaboration avec Thomas Dalle qui est percussionniste et musicien ?
GN : J'ai commencé à St Quentin pour une raison anecdotique : je n'avais jamais mis les pieds dans une «fac » et j'étais curieux de savoir si un autodidacte y avait une place. Après la 1 ère année s'est posé le problème du développement. Comme j'aime la poésie mise en voix, un responsable m'a parlé de Thomas, lequel m'a semblé suffisamment singulier pour que l'on fasse équipe. Parallèlement, comme je savais où les étudiants en étaient dans leur écriture, j'ai pensé que ce passage de l'écrit à l'oralité les obligerait à s'écouter différemment.
HM : L'atelier s'est achevé par un spectacle. La mise en voix de poèmes dans un spectacle s'apparente-t-elle à du théâtre ?
GN : Il n'y avait pas - théâtre - dans la mesure où il n'y avait ni dramaturgie ni personnages, mais des moments. L'essence du spectacle, c'était la sonorité et la qualité des mots. Ce n'était plus de la poésie au sens de la lecture muette. Le silence n'est pas le blanc. J'appelle provisoirement ces travaux des "mises en voix" et, quand je serai un vieux monsieur, je chercherai à trouver de bons qualificatifs pour savoir ce que j'ai fait. Lorsque l'on est sur scène, on avance dans l'inconnu, avec des corps, avec des bruits, avec des résistances très concrètes. Ce n'est qu'après - ou avant - que l'on se pose les questions de définition.
HM : Quelles ont été les principales difficultés que tu as rencontrées pour préparer ces jeunes poètes à leur première prestation sur une scène ?
GN : J'ai vécu les - problèmes - comme une suite de plaisirs. Pour Thomas et pour moi, chaque individu est une attente différente, « un devenir ».
HM : Il semble que tu vives et que tu apprécies dans l'instant chacun des moments de chaque chose que tu fais ?
GN : Il y a bien sûr chez moi une conscience du passé et une inquiétude de l'avenir. Mais l'atelier est un temps à part. Il permet de prendre les choses et les êtres dans leur matérialité, en dehors du quotidien. Il permet aussi de passer par un présent «absolu » où tout fait sens : les virgules, les respirations…
HM : C'est donc une chose que d'avoir un objectif et une autre, que de l'atteindre. Un projet de mise en scène peut-il être contrarié par des réalités?
GN : Si l'on a une idée abstraite du spectacle rien ne marchera, car les conditions matérielles du jeu ne peuvent être gommées. A l'inverse, sans réflexion on ne dépasse guère le stade des trouvailles. Il n'est pas caricatural de parler de « cuisine ». On rajoute, on retire, on laisse s'évaporer…
HM :Quels sont les écueils que peut rencontrer un poète qui dit ses poèmes en public ?
GN : De croire que son activité d'écriture lui donne un acquis scénique. Ce n'est pas comme à la Fac, il n'y a pas d'équivalence. Le lecteur abstrait - là -, n'est pas le spectateur dans la salle. Pour moi, l'écueil, c'est l'image du Poète qui fait que l'on ne prépare rien, que l'on exige que l'autre vienne à soi. Je ne supporte pas la mégalomanie, les grands prêtres et leur messe.
HM : Aujourd'hui, le travail du poète peut-il être uniquement écrit ?
GN : Oui. Il y a de nombreux chefs-d'œuvre qui sont faits exclusivement pour la page. Le texte écrit n'est jamais restitué à l'identique dans la salle. C'est comme une traduction. L'écriture-sur-la-page joue avec une ambiguïté impossible sur scène. Il existe, il faut le dire et le redire, une poésie qui est faite pour résonner dans la tête. Le poème peut dire des choses grâce à la neutralité du blanc et à l'héritage culturel de la page. Sous prétexte de médias, il ne faut pas oublier que la lecture muette fut un progrès considérable.
HM :Le corps dit-il des choses que le poème ne dit pas ? Et l'oralité, ce complément de l'écriture, peut-elle aider à élargir le lectorat de livres de poésie ?
GN : Oui bien sûr ! Que l'on en soit conscient ou pas, le corps émet, le corps ne cesse de signifier. Il suffit d'un geste pendant une lecture pour que, d'un seul coup, quelque chose s'éclaire. Parfois un incident lors d'une répétition rend le texte infiniment plus intéressant. Et cela on ne peut pas le rajouter en mots. Ou alors il faut tout re-transposer. Oralité et écriture entretiennent un rapport dialectique. Il faut que le poème écrit meure avant d'exister en tant que parole. Cette disparition est source d'autres vies. Certains mots sont corrects du point de vue de l'œil mais ne passent pas sur scène. Ce n'est pas de la démagogie que de les modifier. A condition de le faire à partir de règles, et non d'hypothétiques applaudissements. Il en va ainsi des coupes qui ne doivent pourtant pas être « psychologisées » pour permettre le jeu du comédien. Fondamentalement l'oralité est un genre à part. Elle est impuissante à résoudre les problèmes du livre. Les réalités ne font que se recouper parfois. Je crois que ce qui est l'ennemi pour le public en poésie, c'est le vers ! Ce n'est pas une raison pour le supprimer quand il existe, même si dans l'oralité on va au silence et non pas à la ligne. Il ne se joue pas les mêmes choses sur la page et dans le temps réel. Maintenant, pour une approche plus fine de termes tels que orale, oralité…disons que nous aurions dû passer par Meschonnic ou Jean-Paul Goux.
HM :Quelle est selon toi l'importance d'une émission radiophonique comme « Poésie Studio » sur France Culture ?
GN : Cette émission développe un public non pour la poésie en général mais pour une part spécifique de celle-ci. Il est démagogique d'opposer la radio et le livre, la télévision et le livre, et d'une manière générale, d'introduire dans son raisonnement des critères d'audience ou d'audimat en art.
HM :Que penses-tu «Des Poétiques » ?
GN : Dans - Les Poétiques -, ce qu'il faut savoir c'est que les poètes ne disent pas vraiment leurs poèmes face à un public. On a des écouteurs sur les oreilles et un micro directionnel, on est devant un pupitre et on est soumis à la prise de son. Ce qui compte, c'est ce qui après, existera sur les ondes. J'avais pour me guider une sorte de chef d'orchestre : Claude Guerre. J'étais donc à la fois face à une salle et conditionné par la retransmission. C'est autre chose que ce dont nous venons de parler.
HM :Finalement, les mots sont ils «Sens » ou «Son » ?
GN : En dernière instance, je donne toujours la priorité au Son sur le Sens. Mais encore faut-il qu'il y ait Sens et tension entre les deux. Il y a une phrase de Valéry qui dit : «le vers c'est l'hésitation prolongée entre le Son et le Sens. » Je remplace volontiers hésitation par contradiction. C'est plus proche de moi.
Note: Cet entretien a été réalisé à la suite d'un atelier organisé à l'université de St Quentin en Yvelines en 1999 dans le cadre de Banlieues Arts
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jeudi, 31 août 2006
Un papillon s'est posé
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Ce mercredi 23 août, je suis arrêté sur une aire de repos tout près d’une petite fontaine bretonne à Saint Jacut. Le temps que j’ai d’attente ce matin là, je l’emploie à travailler sur une note de lecture du dernier livre de Maurice Regnaut, NOUS. Je me suis assis près d'une table de cette aire de repos en ayant pris soin, muni du livre, de préparer de quoi écrire. Soudain, sans que je n’ai eu le temps de m’en apercevoir, un papillon s’est posé sur le livre. Il s’est posé sur le titre NOUS, juste sous le nom de Maurice. Probablement le blanc du livre, le rouge du titre, le vert de la table où était posé ce livre auront trompé ce papillon. Un magnifique papillon aux larges ailes orangées. L’instant me paru suspendu au silence et je le percevais éphémère. Précieux, il m’a touché et malgré ma rationalité convaincue, je ne pu m’empêcher d’y lire un signe. Un signe que nul n’envoie, un signe imprévisible dans l’aléa de la vie mais un signe qui rappelle. Un signe qui renvoie, un signe comme une présence dans la mémoire. La chance a été que mon téléphone portable équipé d’un système photographique soit posé aussi sur la table devant moi. Dès que j’ai voulu approcher ma main pour le prendre, le papillon s’est envolé mais pour aussitôt se reposer presque au même endroit du livre. Moment rare. La vie se pèse dans ce sentiment de rareté, ce moment d’un hasard dont on sait qu’il ne se reproduira pas. Mais qui pourtant par deux fois consécutives s’est produit ! Ce moment, où dans une campagne de Bretagne, assis sur un banc avec le livre de Maurice posé sur une table, un papillon, comme le désignant par sa présence, s’est posé près du titre, tout proche de mon regard.
C’est lentement, que ma main près du téléphone portable s’en saisi. Et c’est sans brusquerie, dans une lenteur fébrile que j’ai pu capter cet instant aussi inattendu qu’improbable, ce signe.
Et je pensais à vous.
«
Tout. Mot. Geste. Acte. Est signe – et veut dire quoi –
qui à son tour veut dire à – son tour qui – vertige –
et dans ce vertige un autre vertige – et dans cet autre
un autre encore – un autre à l'infini. Oui. Le sens est
folie. Et celle qui m'a sauvé. Moi. Jadis. C'est elle.
C'est la vieille. C'est l'éternelle. C'est la fondamentale.
Tautologie. Acte. Geste. Mot. Tout. Quel qu'il soit.
Tout est ce qu'il est. chercher un sens. C'est jouer. Quel
qu'il puisse être. Un jeu sans fin. Simple ou complexe.
Aisé ou douloureux. Gagnant. Perdant. Un jeu. De tout.
En tout. Pour tout. Délire. Anécessaire. Oui. Vivre est
*vivre. Et ne connaît. Qu'une seule double modalité.
Présence absence. »
Maurice Regnaut - Extrait de Lettre II dans LBLBL.
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