jeudi, 19 novembre 2009

L'intérieur du monde

clip_image002.jpgJean-Pierre Lemaire

Editions Cheyne

N ° ISBN:  978-2-84116-066-2

2 ième Trimestre 2007

 

 

C'est au deuxième trimestre de 2007 que Paraît aux éditions Cheyne L'intérieur du Monde. Ce livre de Jean-Pierre Lemaire est composé de Cinq ensembles d'Une quinzaine de poèmes. Simple mortel Qui débute le livre est dédié au père du poète, à sa disparition. Les poèmes ici rappellent SA Figure Avec une sobriété Qui a rencontré à distance Et qui Eloigne tout lyrisme excessif. Le vers est écrit au plus près du réel Dans un esprit d'évocation. La mémoire est à l'œuvre Qui Rappelle la présence du Père.

 

Je recueille ton silence / Comme les bulles du brochet qui passe / Entre les racines des saules, /

 

Toutes les autres parties du livre poursuivent cette ligne d'horizon par Tracee la mort du père évoquée ensemble Dans ce premier ministre. Aussitôt Présence traits par éclairée CES de détails Qui tracent Et qui singularisent, à jamais, L'Ombre Désormais du Père. Et puis, alternent Entre ces Évocations de la mémoire silencieuse, des poèmes du temps des funérailles alors esquissent Qui Dans Une perspective temporelle La figure de l'absence.

 

Je te cherche encore des yeux sur la place / Parmi les chaises de café, Les Platanes / ...

 

Par la Grâce de CES poèmes, Le Poète Apprivoise cette absence. ELLE SE façonné pour le long chemin de la Pérennité.

 

Parmi les racines, ton masque de sang / est devenu un masque de cristal / Où je te revois faible, endormi, suivant de loin / Le Travail Carême, dans la lumière sépulcrale, de ton visage Qui se recomposent.

 

Et marque le passage de la vie des uns à la mémoire de Ceux qui restent. La conscience Prend acte de la disparition.

 

Comme nous nous séparons deux rameaux / sous le soleil commun des vivants et des morts.

 

 

L'ensemble Qui succede, Noé, Poursuit ce périple intérieur et intime Qui accompagne tout deuil. Perdre père tel fils est un cataclysme. Et cette Arche suggérée pour y faire face, c'est peut-être la mémoire Dans intérieur Repli fils. C'est le monologue intime Ce qui s'écrit en Chacun de nous, d'Abord Dans le silence de la bouche. Cette fin d'Un Monde impensable, ébranlé l'être dans un Fondements et ses premiers ministres déclenche Une volée de questions. Celle de Dieu En premier lieu, Puis Celle du sens. Le Poète Pour celà contemple la nature, l'interroge pour Tenter d'y retrouver Une Perdue sérénité. Puis il retourne enfin sur Le Lieu Où s'érigea sa personne, peut-être dans un sentiment d'infinitude cette qu'éprouvent les enfants.

 

Ainsi, les ensembles se succédentes Dans l'état d'esprit Qui accompagne la perte d'un être cher. De la douleur vive et piquante A Celle, plus diffuse mais persistante Qui s'inscrit en nous même Chaque jour de notre vie. Seule Peut-être la mémoire, réinventant au cœur de Notre intime L'Être perdu - en ce monde intérieur -, PEUT le sauver de la disparition. C'est aussi le projet de ce livre.

 

Les derniers deux ensembles du livre tracent le trajet d'un long retour vers la vie. Une vie d'après. Celle Où Il Faut bien faire avec à ses côtés l'absence, Comme Un Faix ineffable et partisan indéfectible Qu'il Faudra Nous et

craindre pour l'avenir.

 

Tu revois le printemps après trois hivers / mais tu gardes un oeil ouvert sous la terre / et derrière le mur de l'hôpital rose / Où les hommes Disparaissent.

 

Ce livre trace un parcours douloureux. Les poèmes, comme autant de stèles, marquent des bornes où achoppent La mémoire et la peine. Ils composent ensemble une cartographie de chemins qui se croisent, se confondent et se perdent sous le ciel vrai du sentiment de l'affection.

 

HM

 

 

samedi, 29 août 2009

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Franck Venaille

 

 

Mercure de France,

 

152 pages

15 €

Voici sans doute le livre le plus grave et le plus poignant de Franck Venaille. Bien malin celui qui y trouvera     encore une once d’espérance. Mais à l’inverse la nostalgie n’est pas plus le fait d’un poète rare et dont un récit, « Caballero Hôtel », fut une révélation.

 

Sans doute l’auteur ne possède pas la place qu’il mérite. Et « ça » ne lui donnera pas d’ouverture. L’ensemble de ses poèmes est trop aride, trop rêche. Mais ils surgissent pourtant comme des révélations. Ils possèdent (même si Venaille a dépassé la soixantaine) quelque chose d’immensément rimbaldien.

 

On ne dira pas que lire de tels textes est un plaisir. Mais on lit aussi afin de ressentir par un autre ce qu’on ressent en soi-même. Et voilà que ça coule à nouveau « Comme les enfants saignent du nez / Sans savoir pourquoi ».

 

Nul ne sait où sont passés nos pères et mères. Rien ne sert de monter en chaire et en chair pour le demander. Les prie-Dieu grincent. On se met à tousser. Nous restons les vieux enfants terrorisés par le sang des femmes et leurs linges louches qui séchaient aux fenêtres. Il ne faisait pas bon être sensible en ce temps-là.

 

C’est pourquoi Venaille n’écrit pas en pensant à autre chose. Sauf exceptions. À savoir les beaux garçons qu’il a croisés. Plus de soixante ans que ça dure (mais en retirer quinze d’inconscience). « Gaumont. Pathé ». Les actualités. D’hier les actualités. Le poète est sans goût pour l’école. Il rêve encore d’être le solitaire mystique en chambre de bonne 6ème sans ascenseur. La concierge est dans l’escalier.

 

Enfance pieuse. Pluie fine. Crachats de Dieu. Messes à n’en plus finir. Eau bénite. Quitter cet endroit où parler fort est prohibé et où les corps sont rarement musclés (sauf sur des fresques italiennes). Vivre à l’heure le leurre. Et même après. Le corps le sait. Il le fait. Avec ses humeurs ombrageuses. Telle est la destinée du poète. « Sa vie sur terre ce fut ça ». Point final.

 

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mercredi, 22 juillet 2009

Divagation impénitente

 

Ivan Watelle

 

 

 

Éditions Poèmes Épars

Villeurbanne, non paginé, 19 €

 

Disponible chez l'auteur:   

Ivan Watelle    

Poèmes Epars   

8, rue Pierre Larousse

69 100 Villeurbanne  

http://poemes-epars.over-blog.fr

 

 

Même lorsque son griffon « tire sa gueule béante » Watelle va de l’avant et se remet en quête de sens - quoique conscient de ses limites et de ses erreurs passées. Certes toutes ses ombres ne se sont pas effacées et ses monstres ne sont pas tous muets. Mais l’auteur, avec le temps, échappe à ce qu’il nomme ses « états de démence précoce ». La poésie est pour beaucoup dans sa « thérapie » même si comme disait Duras « l’écriture ne sauve pas ».

 

« Âpre comme une limande » Watelle ne s’en laisse pas (ou moins) compter. Il est vrai qu’il est désormais bien accompagné. Une aimante est là pour donner à son ciel de lit des couleurs rosées. C’est un moyen d’éviter d’être ramené à l’animal même si cette femme fait naître des désirs premiers qui ne rendent pas « l’orgasme utilitaire ».

 

Oui Watelle avance. Désormais « dans le mauve de son âme » il pourchasse l’idée d’un supplice humain. Se replient les délices du néant et les trop éphémères pensées. « Divagation Impénitente » est à ce titre un texte majeur : tranche de vie il n’a rien d’un déboutonnage égocentré. Le lire et le relire est une manière de nous remettre sur les rails de la vie contre les forces du « mâle » comme celles des Dieux (du moins ce qu’on en fait).

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

lundi, 22 juin 2009

La Revue Incertain Regard au format numérique

Un numéro 0 de la revue Incertain Regard au format numérique paraîtra vers novembre 2009. Sous la forme d'un livre électronique les numéros paraîtront semestriellement. Incertain Regard édite de la poésie exclusivement. Vous pouvez nous faire parvenir un minimum de 4  à une dizaines de textes, inédits de préférence. En suivant ce lien

http://www.incertainregard.fr/PageLaRevue.htm

vous trouverez les informations pour nous faire parvenir vos textes.

Cordialement

Hervé Martin

lundi, 08 juin 2009

CLAMEURS NOMADES

Francesca Y. Caroutch

 

Éditions du Cygne.

 

ISBN : 978-2-84924-139-4

13 x 20 cm

92 pages

12,00 €

La poésie de Francesca Y. Caroutch permet la jonction de l'altitude la plus vertigineuse avec le corps dans ce qu'il a de plus temporel, d'instantané et de tellurique donc de plus abyssal. C'est à travers lui que la poétesse donne le point d'appui et de référence à l'incommensurable. Ne nous y trompons donc pas : chez elle la métaphysique ne vient pas d'en haut mais d'en bas. Du ras de la conscience voire même de dessous la peau de l'inconscient.

 

Mais cette métaphysique (fruit - qui sait ? - d'un manque de la jouissance liée à l'amour et la connaissance) demeurerait naïve et sourde si elle ne passait pas par le filtre de la conscience. Toutefois il ne s'agit pas de transformer la bête en ange mais simplement d'ouvrir une nouvelle dimension à la jouissance. Écoutons l'auteur :

“Les plaisirs des sens

auxquels on ne s'attache pas

Sont des alliés de l'éveil” (p. 41).

Tout est là. C'est le moyen de sceller l'homme à l'univers dans une dimension essentielle.

 

À travers une poésie se mêlent à des fragments de mémoire, de réelles visions inspirées souvent par des espaces italiens. Ils contrastent avec le motif intime - lieu clos où s’absorbe sa vie et s’accomplit son œuvre. Francesca Y. Caroutch donne à la nature humaine l'effusion du nombre. Tout dans son livre est en mouvance vers le "signal" :

"éclair bleu dans la faïence de l'été" (p. 30).

Au sein de la rencontre d’images chères à l’artiste naît une création originale qui ne dissimule pas une propension à dévoiler une intimité. Cependant on est bien loin de ces évocations "domestiques" où s’éprouve une sociabilité apaisante ou encore une attention portée aux images furtives du paradis d’enfance.

 

Chez la poétesse ce qui est retenu appartient à des moments de vie. Ils s’épanouissent à contretemps. Comme si c’était la marge, le bord des choses, quelque part entre solitude et liberté qui comptaient. On est loin d'un panthéisme béat, d’une recherche d’un bonheur perdu. On revient à la source même de l'écriture, de ses fissures. Car la poétesse cède parfois à la brisure contre l'intégrité de l'étendue même si c'est bien cette dernière qui est recherchée. En conséquence ce qui devient saisissant d’un point de vue poétique, est précisément le paradoxe d’une écriture vouée de livre en livre à communiquer une véritable phénoménologie cachée de la vie dans ce qu'elle a de plus intime et de plus large aussi.

 

Tout lecteur des sublimes "Clameurs nomades" se trouve confronté à l’apparente clarté structurelle de ses fragments inspirés largement par l’épreuve de la nature, du temps ou de choses vues ou plutôt ressentie au plus profond de l’expérience intérieure. Une configuration minimale s’impose alors, identifiable dès la première lecture et bientôt récursive d’un fragment à l’autre. Dès lors surgit

"Dans ce chaudron sans fond

l'enfer des miracles"(p. 31)

La sensation n'est plus proustienne. Elle devient le médium privilégié par lequel s’opère la révélation. Celle-ci ne se contente plus de ressusciter ou de ressasser les traits du passé. La mise en perspective est beaucoup plus intéressante et porte l'écriture loin des sentiers battus. Derrière les fragments qui s’enchaînent sur le mode disjonctif une autre "scénarisation" prend racine et pose la question d’un effet diégétique global : tout participe à l’élaboration progressive d’un espace alternatif qui permet au lecteur d'être renvoyé à sa propre expérience du monde.

 

Nous sommes donc loin des longues intercessions qui peuvent accompagner dans la poésie l’expression du sentiment intime lorsqu'il est par trop narcissique. Aucun détour, aucune spéculation formelle ne préludent à notre entrée de plain-pied dans cette intériorité annoncée comme telle mais dont le but n’est pas de raconter un « moi ». L'ensemble crée un parcours atypique et un étrange discours sur un poème fantôme dont la ligne de fuite ultime, rescapée lointaine de l’éboulis initial, renvoie l’espérance habitable au cœur de tout lecteur quand le discours s’achève. Cette détermination du foyer de l’expérience d'écriture résulte d’un choix plus que stylistique : vital. Il refuse toute neutralité au profit d'un engagement intime essentiel puisque chez Francesca Y. Caroutch l'intime n'est pas de l'ordre de l'événement il est de l'ordre de l'écriture, de son avènement.

                                                                                  

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

vendredi, 22 mai 2009

FRAGMENTS (2)

Gérard Paris

 

La Porte, Laon.

Gérard Paris refuse qu’on en reste au rien même si il y a une grande limpidité à croire ne plus être. Mais cela s’appelle renoncer, être « sans âme, mutilé à jamais ». Et même si dans le rien l’être croit peser de tout son poids il faut franchir les limites et rejoindre cette dimension quasi sacrée où le mot n’est plus seulement tache ou trou noir.

 

Il s’agit donc de se fonder dans le lieu où nous sommes, contre la belle et précaire assurance de nos alibis de toutes sortes. Il faut donc se porter là où Gérard Paris, dans son écriture fragmentée et faussement aphoristique, indique la voie : le lieu au delà de la frontière du silence où pourtant on peut dire encore, on doit encore parler. Bref aller où le silence a quelque chose d’intéressant à dire, pour savoir ce qui hante l’humain jusqu’à « cueillir les couteaux de gel » pour « affûter l’être ».

 

Paris dit ce qu’on doit accepter et refuser pour affronter la perte inhérente à chaque vie. C’est là sa leçon (grandiose) d’humilité afin sinon de dépasser, du moins de savoir le peu qu’on est. Il y va donc d’un consummatum mais qui permet de rebondir, de (re)commencer. C’est à ce moment que l’on reprend conscience, que s’efface cette fameuse vitre dont abusent les poètes sans oser la briser. 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

dimanche, 03 mai 2009

Le procès de la vieille dame - Éloge de la poésie -

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Lionel Ray

 

 

 

 

 

Éditions de La Différence

 

N° ISBN : 978-2-7291-1741-2

Date de parution : 2008

Nbre Pages : 223                  

 

Un entretien de Lionel Ray à propos du livre

                                                   

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« Le poète, rien ne peut le justifier que lui-même » c’est par cette phrase que débute le dernier des paragraphes du livre de Lionel Ray Le procès de la vieille dame - Éloge de la poésie -. Il se poursuit quelques lignes après ainsi : « En revanche, il y a une sorte de loi secrète qu’il porte en lui et qui cherche à s’exprimer dans le poème. » C’est probablement par cette affirmation qu’il faut envisager la lecture du livre et voir ici la motivation de Lionel Ray à son écriture. Un véritable fil d’Ariane qui a conduit Lionel Ray à écrire ces études, consacrées à des poètes et à leur œuvre. Elles ont paru dans des journaux, des revues et des magazines entre 1983 et 2007 et sont aujourd’hui rassemblées dans ce livre qui est édité par les Éditions de La Différence.

 

Poètes disparus ou contemporains vivants, la lecture de leurs livres suscite chez l’auteur un vif intérêt à percer « cette loi secrète » que les poètes porteraient en eux et qui les révélerait au monde par le poème. C’est là qu’il faut voir le postulat de Lionel Ray dans sa quête à reconnaître le poète dans l’être, l’être dans le poète. Il y a dans la poésie – singulière à chaque poète – l’univers d’un être unique. En lisant pour chercher signes et sens dans les mots, le rythme, la forme qui structurent le poème, Lionel Ray emprunte sans doute l’un des plus courts chemins qui va d’un être à un autre.

 

C’est ainsi une vingtaine de poètes que Lionel Ray interroge par la lecture de leurs poèmes. De Louise Labé à Hélène Dorion, de Aragon à Supervielle, de Victor Hugo à Bernard Hreglich, Lionel Ray fouille le poème, interroge les mots, questionne la forme ou passe même au crible le patronyme, comme lorsqu’il débute l’étude sur Jean Mettelus en faisant parler les lettres de son nom. « …un nom qui prend appui solide du (m) initial, posé sur ses trois jambes, et qui suggère autant que l’ancrage, la mesure et l’immensité d’un monde. »

 

Dès le début du premier paragraphe éponyme du livre, Lionel Ray tente de circonscrire son espace en bornant les limites de son questionnement sur la poésie de langue française. Sous le regard de Gracq, il souligne que la poésie fut jusqu’à la fin du XIX siècle une « transmission de pouvoirs » dans une continuité et constate qu’à partir de Mallarmé, il y a rupture de cette progression. Il s’ouvre alors avec Reverdy, Claudel, Tzara, Breton, Supervielle, Michaux…une période nouvelle. Celle des « explorateurs solitaires », celle de la différence.

Avec la mort de la poésie, le poétisme, les méfaits du lettrisme mais aussi, le vers et la prose, le lyrisme, la tension de la langue, le retour des formes Lionel Ray instruit les pièces au dossier de ce Procès de la vieille dame. Et ouvre dans le même élan sa propre (en)quête en s’appuyant sur son questionnement des œuvres. Sans doute à l’aune d’une phrase que j’avais relevée dans un texte critique de Lionel Ray « on peut dire de la poésie n’importe quoi, pas du poème… » (1)

 

Lionel Ray nous entraîne alors dans les livres et dans la poésie de nombreux poètes, en tentant par son investigation de montrer les reflets de leurs éclats. Le livre de poésie propose une autre forme de la conversation intime. Et la singularité des œuvres, sise dans – cette loi secrète –, se révèle comme éclairée par cette conversation de lecture. L’œuvre, le poète, le poème sont envisagés dans leur singularité dont Lionel Ray esquisse les traits. Ce qu’ils proposent de faire entendre, c’est l’unicité d’un être dans son rapport au monde. Paul Claudel, René Char, Alain Bosquet, Georges-Emmanuel Clancier, Eugène Guillevic, Claude Esteban, Gaston Miron et d’autres encore, trouvent place dans ce livre. Nombreux sont les textes qui invitent à lire ou relire ces poètes, accompagnés dès lors dans sa lecture par l’acuité de Lionel Ray.

L’étude consacrée à René Char m’a particulièrement touchée : une concision qui approche de très près l’écriture de René Char. Elle tente de préciser les limites où cette poésie existe, entre dit et non dit. Une poésie en lisière, celle du mot et de l’image, du sens et du désir. Cette partie est marquante par l’approche de cette poésie brève, ténue, sibylline et foisonnante. Lionel Ray suit les arcanes des possibles significations. Il fouille autant qu’il est possible dans cette poésie énigmatique pour tenter d’élucider les sources qui président à ses sens.

À propos de Jean Cocteau, Lionel Ray souligne que la poésie n’est pas seulement écrite « …Cocteau, qu’il s’agisse de roman, de dessin, de ballet, de théâtre, dans la mouvance de Diaghilev ou de Radiguet ou de quelques autres, ne fait jamais que de la poésie qui reste le commun dénominateur, identique à elle-même sous tant de formes diverses… » Souvent mis à l’écart pour son éclectisme, Jean Cocteau est ici reconnu explicitement comme un poète à part entière, hors du champ de toute suspicion de ses pairs. Nombreuses encore sont les pistes que Lionel Ray ouvre pour aller à la découverte des poètes, de la poésie, du poème. Ce livre a reçu le Grand Prix de la critique 2008.

 

(1) – Revue Incendits N° 21-22         

 

HM             

mercredi, 04 février 2009

FRAGMENTS des BUSCALTS suivi de TERRE HABITEE - Paul BADIN - Rencontres avec René CHAR

 

 

 

Éditions Poiêtês

94 p – 2 trim 2008 – 17 €

2 ième trimestre 2008

 

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Les Busclats, c’est le nom de cette maison de berger qu’habitait René Char à L’Isle Sur Sorgue

près des monts du Vaucluse. C’est là que Paul Badin le rencontra à plusieurs reprises durant l’été de 1978. Ce livre – une réédition – est le fruit de ces rencontres grâce aux notes que Paul Badin engrangea minutieusement avec la passion de ceux qui estiment la valeur d’une récolte à la qualité d’un terroir. En l’occurrence, un terroir de chair, de poésie et de mémoire ! La fidélité au propos de René Char souhaitée par Paul Badin est marquée ici par la volonté, effective, de son effacement, – fidèle jusqu’à l’effacement – peut-on lire dans le préambule. Paul Badin place ainsi au centre du livre la parole de René Char qui se voudrait intacte de toute altération. Autant qu’il est possible !

 

Ces Fragments des Busclats  sont suivis par Terre habitée, un ensemble de poèmes écrits entre 1979 et 1988, date de la mort du poète. Ils font écho à l’emprunte laissée dans la mémoire de Paul Badin lors de ces rencontres et au vif intérêt qu’elles suscitèrent en lui /Qu’importe la profondeur du puits à l’homme qui a soif./ Rencontres toutes emplies de la  présence de René Char et qui résonnent, en ces poèmes, sur le versant sensible de la mémoire / Cette visite m’a laissé au cœur une ivresse étrange. /

 

En amont, ces  fragments, les propos de René Char, courts le plus souvent sont rassemblés par thèmes, au premier desquels la poésie et le poème  « On n’entre pas dans le poème. On y est. » Dès la première ligne du livre le ton est donné. Une ligne d’horizon est tracée vers laquelle tout au long du livre, sous l’auspice des divers sujets abordés, le lecteur progressera dans sa lecture éprouvant les éclats d’une parole vraie et claire.

Ainsi la poésie ; l’édition et les livres de René Char ; les poètes ; ses relations d’amitiés avec Eluard, Breton, Camus ou Heidegger ; Ses filiations littéraires ; le Surréalisme ; la Provence, son pays ; la résistance ; les arts avec la photographie, la musique, la peinture et ses amis Braque, Giacommetti, Picasso…

 

Ces souvenirs sont parsemés d’épisodes, tels celui d’une actrice italienne qui joua Claire dans la pièce éponyme de René Char, montrant ici la défiance du poète envers la psychanalyse, ou cet autre, qui retrace l’histoire du patronyme familiale Char-magne… Le livre est réjouissant. La clarté et la simplicité des propos nous convainquent. Le lecteur s’arrête ça ou là au détour d’un propos lorsque saisi, il reconnaît dans les mots qu’il vient de lire les signes de l’exactitude ou des reflets de ses propres convictions. Il poursuit sa lecture par « Mais il n’y a pas de vérité. Seulement des débuts de vérité » et se ressaisit alors, avant de découvrir d’autres propos, qui auraient pu être écrits récemment,  « J’ai toujours foi en l’homme mais je ne crois plus à la paix et je fais de moins en moins confiance à l’avenir de notre société. » Et d’autres affirmations plus pérennes « seule compte la générosité juvénile »

 

On peut relire ce livre en l’ouvrant au hasard, on trouvera toujours quelques lignes pour emplir en nous ce qui nous tient éveillé. Et de garder au creux de soi et à jamais cette pensée :

Le poète pense qu’il ne faut jamais attendre quoi que ce soit de nos gestes et de nos actions. Partir après.

 

dimanche, 21 décembre 2008

N4728 N°14

                                                       Revue N4728

 Paul Badin,  6, Quai de Port-Boulet 49080 Bouchemaine

Publié par l’association  Le Chant  des mots  à Angers

Revue semestriel (Janvier / Juin)

 12 € le numéro / 25 € l’abonnement à 2 numéros

 

Avec la découverte de voix multiples, c’est une poésie entre prose et vers qui nous est proposée dans ce N° 14 de la revue N4728. Une bonne trentaine de voix pour ce numéro de la revue qui a commencé à paraître dès septembre 2001. Du retour à la ligne du vers dont usent Hamid Tibouchi, Edith Azam ou encore François Teyssandier pour ne citer qu’eux, aux poèmes se présentant comme de courtes proses et où l’écriture tente d’imposer dans les rythmes de la langue, comme des appuis sûrs - lire Bernard Moreau,  la poésie montre l’étendue de sa diversité. Et garde de n’opposer une forme à l’autre, car quoi ressemble tant au retour à la ligne du vers que la lecture d’un texte en forme de prose qui voudrait imprégner à la voix et au corps, le rythme d’un souffle qui palpite. Du vers ténu de Nicolas Grégoire limité à un ou deux mots, à la prose d’Emmanuel Vaslin la poésie cherche dans l’écriture des chemins qui la mènent vers nous.

 

Le sommaire de la revue se compose en trois parties dont celle traitant des notes de lectures à la fin de l’ouvrage. Les deux autres, Mémoire vives et Plurielles, proposent des poèmes qui placent la revue sous le double signe de l’ouverture et de l’exigence.

On découvrira dans ce numéro des textes de Werner Lambersy, Antonio Rodriguez, Philippe Lonchamp, Jean-Marie Barnaud, Serge Ritman, Jeanpyer Poëls… Et tant d’autres encore. Mon attention s’est particulièrement fixée sur les textes de Patricia Nolan, Sophie G. Lucas, Yves Jouan, SabineChagnaud, Cécile Guyvarch ou Armelle Leclercq. L’écriture de François Boddaert, précise, au vocabulaire rare, qui exhume de la mémoire collective des épisodes des guerres européennes (Consolations, délire d’Europe) nous propose ici des extraits de Batailles dont quelques vers rappellent en moi un épisode particulier.

Lâche la rampe, soldat, ne lâche rien, Ces champs d’incertitudes, ces champs où nous allâmes (compagnons du devoir d’aller) dans la crevante chaleur d’août ;…

 

N4728 est une revue qui ouvre largement ses pages à la diversité, semblant chercher dans l’écriture hors de toute considération préconçue, les signes d’un singulier poétique. Le quinzième numéro de la revue paraîtra en janvier 2009.

 

Hervé Martin

 

Pour s'abonner:

N4728
Paul Badin
6 quai Port-Boulet
49080 Bouchemaine
paul.badin@wanadoo.fr
2009:  25 € le N°15 et N°16 port inclus.

 

vendredi, 14 novembre 2008

Grande liberté de l'air au-dessus du fleuve

de Jean-Marie Perret

Éditions Obsidiane            Collection  Le legs prosodique ,

Sonates 1

ISBN : 2.911914.55.4    11 €

 

4e trimestre 2002

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Ce premier livre de Jean-Marie Perret inaugure la collection Le legs prosodique que François Boddaert a créé en 2002 chez Obsidiane. Cette dernière tient son nom de cette formulation  le legs prosodique extraite de Crise du vers de Stéphane Mallarmé et qui est rappelée en avant-propos du livre. On se met à penser après la lecture du livre que ce premier ouvrage pourrait être aussi le texte initiateur de cette nouvelle collection.

 

Grande liberté de l’air au-dessus du fleuve nous invite en témoin, au partage de rencontres inouïes. Celles solitaires que Jean-Marie Perret en marche pour des moissons inespérées a eues durant près de trois années avec des paysages : territoires et cieux, campagnes et villes, arbres et bêtes du pays de l’Yonne.

 

Le titre déjà, qui emprunte celui d’une des 47 proses poétiques qui composent le livre, à lui seul nous invite au voyage vers des horizons larges et nous accoutume aux paysages avec la volubilité d’une langue qui tient ses promesses tout au long du livre.

Dès les premiers poèmes – en prose, ce qui nous parle et nous séduit, c’est cette langue vive. Elle nous tient éveillés avec ses rythmes, la gourmandise de ses mots, la précision des descriptions, l’acuité du regard qui la nourrit.

 

Mais quoi d’autre, dans l’herbe rase, cette feuille brune collée sur une pomme qu’a marquée la dent d’un lérot — la pomme, sous la pluie, de jaune a tourné au vert, et où le lérot a mordu, le jaune est plus vif encore

 

On croirait fermant les yeux que ces courtes proses sont des tableaux. Des miniatures ou des croquis instantanés, des approches impressionnistes que les rencontres, ressenties comme présentes par le lecteur, ont libérées dans l’écriture.

 

Cette pierre coiffant muret, portant sur sa peau toute sa durée, calcaire blanc que le temps grise et noircit de carbonates, lavis tout en finesse où s’étalent des lichens ronds sans épaisseur (certains lisses, d’autres ridés) d’un blanc vert, ou gris très clair, d’autres jaune d’or, en disques, arcs, festons : on a marché dessus rayé ou abrasé la belle composition…

 

Ces poèmes en proses sont soutenus par le rythme de cette langue au vocabulaire usant d’un registre étendu et d’une digression au service de la précision et de la musicalité de la phrase. En témoigne ce sous-titre Sonates, 1 qui précise l’intention du poète sous le nom de l’auteur à l’ouverture du livre.

Pour qui chercherait une langue vivante en voici une qui traverse ce livre. Accompagnons là ! Elle nous remue, réactive nos sensations dans les élans du souffle et les éclats de paysages qui exhalent un air humant bon ces éprouvés des sens.

La lecture des textes dévoile leur genèse à mesure que nous les découvrons. Nous imaginons l’instant de leur écriture, au fil d’un regard scrutant la ligne d’horizon qui sépare le ciel - son air et la terre où coule le fleuve dans la campagne de l’Yonne. S’aventurant là en sous-bois, ici par quelques passages insoupçonnés ces proses poétiques – ce legs prosodique semble s’écrire en marchant au rythme d’un pas solitaire embrassant de tout son être, la campagne et le sel de la vie.

 

Heureux à qui advient l’air, la lumière, la disparition d’une bête à fourrure dans la fétuque des fossés, les frondaisons des chênes secoués au-dessus des villages…

HM

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